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La victoire de l’AKP : quelle suite ?   13/06/2011
La victoire de l’AKP : quelle suite ?

 

Varoujan Sirapian
Directeur de la revue Europe&Orient
Paris, 13.06.2011


Lors des élections législatives du 12 juin en Turquie, l’AKP a remporté une victoire écrasante avec 49,93% des voix. Vu la forte participation, de 84%, c’est un succès net pour le parti islamiste de R.T. Erdogan, qui consolide ses positions avec cette troisième victoire successive en améliorant son score (34.3% en 2002 et 46,6% en 2007).

A première vue cette nouvelle accompagnée de la carte électorale qui montre la suprématie de l’AKP pourrait se résumer aux messages déroulant de type « No comment »  qu’on voit sur certains chaînes de TV.

Pourtant si on regarde les résultats de près on comprend mieux la déception de R.T. Erdogan. Trois raisons pour cela :

D’abord malgré un score plus élevé qu’en 2007, l’AKP obtient moins de siège au TBMM (le parlement turc) perdant 15 députés (326 au lieu de 341 avant les élections) mais surtout il n’atteint pas le nombre fatidique de 367 députés qui lui aurait permit de procéder à un changement de constitution par voie parlementaire sans passer par un référendum. La cause principale de cet « échec » est le parti MHP (extrême droite) qui a pu dépasser, contre toute attente, malgré les récents scandales sexuels qui l’ont secoué, le barrage de 10% des votants pour obtenir 53 sièges. Bien qu’en baisse de 18 sièges par rapport à 2007, MHP empêche l’AKP atteindre le nombre de sièges nécessaires pour faire voter le changement de la constitution. Or aussi bien l’AKP qu’une partie de la population, notamment les Kurdes et les Alevis, mais aussi les démocrates progressistes, attendaient impatiemment ce changement de constitution militaire vers une constitution civile.

Ensuite l’avancée historique des députés kurdes (mouvement appelé le « Bloc ») soutenu par le parti BDP. Pour contourner la loi électorale mise en place pour empêcher les petits partis à être présent au parlement, - le barrage de 10% des votes au niveau national -, les candidats du Bloc se sont présentés sous l’étiquette « indépendant ». Ils ont obtenu 36 sièges, dans la région Sud-Est. Or justement la Question kurde est plus que jamais d’actualité et c’est le principal sujet que l’AKP doit aborder, dans le court terme, d’une façon claire, nette et concrète. La patience des minorités kurdes et alévis, majoritaire sans le Sud-Est, est à bout. Si une solution n’est pas trouvée rapidement une guerre civile n’est pas à exclure selon l’écrivain Erol Özkoray (cf. le livre « Turquie : le putsch permanent », Sigest, 2010).

Enfin l’armée, qui s’estime comme l’héritière du Kemalisme et garant de la laïcité, et qui mène une guerre, plus ou moins ouverte, contre l’AKP, considéré comme islamiste et conservateur, depuis 2001 en utilisant ses réseaux tout azimut (médias, extrémistes de gauche et de droite, escadrons pour mener des opérations illicites...). Or justement R.T. Erdogan et l’AKP ont besoin de mettre à plat la constitution de 1982, mise en place par les militaires après leur putsch de 1980, pour les éloigner d’une façon définitive du champ politique.

Ce qui est inquiétant pour les démocrates et progressistes de ce pays, ceux qui se considèrent comme des « Turcs européens » (versus « Turcs anatoliens ») quel que soit le nombre de journalistes ou intellectuels emprisonnés pour délit d’opinion, quel que soit l'avis critique des médias européens sur la Turquie (le dernier ayant s’exprimé, « The Economist »), quel que soit le style et l’attitude de plus en plus agressif et brutal du R.T. Erdogan... le nombre de votant pour l’AKP ne diminue pas.

Comme écrit le journaliste Güneri Civaoglu dans « Milliyet » d’aujourd’hui : « Les urnes c’est terminé, et maintenant ? »        


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