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Une définition de la stratégie géopolitique américaine   10/09/2009

Géopolitique, politique et morale au Moyen-Orient.

Une définition de la stratégie géopolitique américaine

Roger AKL

Un écrivain et penseur géopolitique américain, George Friedman[1], m’a beaucoup fait réfléchir sur le destin ignoble du genre humain, sur Caïn et Abel, sur ces guerres, ces tragédies, ces meurtres, ces divisions, ces hypocrisies des dirigeants, tous les dirigeants de la terre, ceux des empires et ceux des petits pays, sur les riches qui volent les pauvres et les pauvres qui ne demandent qu’à voler les riches.

Ce qui est intéressant dans son livre, ce n’est pas ce qu’il prévoit, mais, en tant que penseur très écouté dans les cercles politiques américains, comment ces derniers voient le monde et l’intérêt des Etats-Unis.

Je commence par le Moyen-Orient : pour lui, la réussite américaine en Irak et en Afghanistan n’est pas dans le retour de ces pays à la paix et à la stabilité, mais au contraire, les Américains devraient faire en sorte que leurs interventions soient suffisamment limitées pour y éterniser le chaos, un chaos qui devrait englober tout le Moyen-Orient. « Si le monde islamique était incapable de s’unir, cela voudrait dire que les Etats-Unis auraient atteint leur but stratégique… Une chose que l’Amérique a atteinte depuis 2001… Tant que les musulmans se combattent, l’Amérique a gagné sa guerre ». (P. 49)

Nos amis des gouvernements arabes alliés de l’Amérique ont-ils lu ce livre ? Bien sûr que non ; les Arabes ne lisent pas.

Oh, l’«  amitié » de l’Amérique ne se limite pas aux musulmans et au Moyen-Orient. Voilà ce que notre grand penseur écrit en page 45 : « Les actions américaines pourraient apparaître comme irrationnelles et le seraient, si le but principal était la stabilisation des Balkans ou du Moyen-Orient »… (Mais c’est le contraire)… « Ces actions n’apparaîtront jamais comme produisant quoique ce soit qui se rapprocherait d’une solution et seront toujours exécutées avec une force de dissuasion insuffisante ».

Car (P. 45) « les buts géopolitiques américains se définissent ainsi : prévenir l’émergence de toute nation pouvant mettre au défi la puissance navale globale américaine ».

De cela découlent : (P. 71 et 157) « la nécessité du chaos en Eurasie et une stratégie américaine dont le but est la fragmentation de l’Eurasie comme première ligne de défense du contrôle américain des mers ». Pour cela, rien de mieux qu’augmenter les instabilités, les divisions et même les guerres sur la « ligne de cassures » s’étendant de la frontière russo-polonaise jusqu’à la Chine, en passant par les Balkans, le Caucase, l’Asie du Sud-est et l’Afghanistan. Dans ce cadre, il écrit  (P.117) : « un moyen bon marché, pour lier les mains des Russes et diviser l’Europe en deux, affaiblissant ainsi l’Union Européenne, serait d’augmenter l’appui américain à l’Europe de l’Est ». Il a ajouté en page 151, que la France et l’Allemagne sont en pleine décadence et seront bientôt des « has been », donc défuntes. On comprend l’appui des Etats-Unis et leurs pressions pour faire entrer la Turquie dans l’Union Européenne.

On pourrait dire que ce n’est qu’un penseur parmi tant d’autres, un Républicain partisan du Président Bush et qu’avec le nouveau Président Obama, la politique américaine va changer vers plus de morale et plus de paix.

Or Monsieur Friedman n’est pas n’importe quel penseur, il est le Président fondateur de Stratfor un des think tanks américains de renseignements et de géopolitique les plus en vue. Il a d’ailleurs répondu lui-même à cette contradiction en disant que les situations et les futurs géopolitiques des pays ne dépendent pas des décisions et des actions de leurs dirigeants mais, et c’est là où il me rend très pensif, elles équivalent à un destin que la liberté de choix des dirigeants des différents pays ne pourra pas changer.

Quant à moi, citoyen d’un tout petit pays du Moyen-Orient, moi qui ai ressenti dans mes tripes les malheurs des divisions et des guerres de l’Orient, moi qui ai vu tant de morts, parmi mes proches et moins proches, côtoyé tant de tragédies et tant de souffrances, moi qui entend les dirigeants politiques et religieux libanais compter sur l’Occident et surtout sur l’Amérique, je me demande si cette Amérique là n’est pas bien cet Etat conquérant et dominateur tel que décrit par George Friedman (Si cet article avait été écrit pour des religieux, je l’aurais appelée la grande Babylone).

C’est pour cela que je vais essayer de relire l’Histoire récente au vu des théories de Monsieur Friedman.

Comparaison avec l’Histoire récente.

Déjà, dès le début de la deuxième guerre mondiale, les Américains se sont bien gardés d’intervenir dans un conflit qui faisait leur bonheur et leur fortune. Il a fallu que le Japon les attaque pour qu’ils se sentent obligés de participer, tandis qu’ils se sont entendus avec les Soviétiques, avant la fin de la guerre, à Yalta, pour se distribuer le monde, divisant ainsi l’Europe en deux, appuyant totalement la formation de l’Etat d’Israël et encourageant les dirigeants de cet Etat  dans leurs menées guerrières et leurs conquêtes jamais assouvies. Ce qui a transformé cette région en zone d’Etats chroniquement instables et les gouvernements arabes en marionnettes, tandis que les Israéliens devenaient des mercenaires, dont le sang coulait pour le plus grand bien de l’oncle Sam. Entre-temps l’Europe perdait toutes ses colonies et même son indépendance. La Grande-Bretagne a tiré ses marrons du feu en devenant le « petit caniche » de l’Amérique, tandis que la Turquie devait jouer et joue le rôle du cheval de Troie américain en Europe.

Tout a été divisé aux frontières de l’Union soviétique, à commencer par l’Inde et le Pakistan, la Corée, le Japon dont une partie a été conférée à la Russie, à continuer par la révolte iranienne et la guerre entre l’Iran et l’Irak, dirigé par l’homme de main américain Saddam Hussein. Le monde entier était divisé entre les « deux grands », tandis que l’Afghanistan a été transformé en poudrière mafieuse où l’on cultive la drogue, le fondamentalisme, et le terrorisme.

Malheureusement, tout a une fin et l’Union soviétique implosa laissant l’Amérique seule à gérer le monde, alors que ses dirigeants n’y étaient pas préparés. Pourtant, ils ne se sont pas si mal comportés, suivant leurs intérêts géopolitiques tels que définis par monsieur Friedman :

-         Instabilité en Europe dans les Balkans : guerre de religions et partition de la Yougoslavie entre Croates catholiques, Serbes orthodoxes et Kosovars musulmans, en attendant de nouvelles partitions probables en Bosnie, en Macédoine et au Kosovo. Tout cela devrait, avec l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, y créer tellement de problèmes qu’il sera impossible à cette dernière,  de se relever et de rivaliser avec la puissance américaine.

-         Guerre Russo-géorgienne et guerre arméno azérie et recherche de l’implosion de la Russie, par la poursuite des terrorismes et des combats en Tchétchénie et d’autres républiques musulmanes.

-         Poursuite de la guerre en Afghanistan et déstabilisation du Pakistan, avec celles de l’Inde et de la Chine déjà prévisibles. Les guerres de religion ont déjà commencé en Inde entre musulmans et bouddhistes, tandis que les chrétiens se sont faits massacrer à Orissa et que les Ouïgours musulmans se révoltent au Sinkiang.

-         Les deux guerres contre l’Irak, dont la dernière a renversé Saddam Hussein, l’homme de main américain devenu inutile et même nuisible aux intérêts US, car sa  dictature gardait l’unité de ce malheureux pays. Aujourd’hui, la présence américaine en Irak y a créé des guerres confessionnelles entre chiites et sunnites, des massacres de chrétiens et y a renforcé les chiites et par conséquent l’influence de l’Iran chiite dans tout le monde arabe, jusqu’à la frontière israélienne, tandis que les Kurdes « libérés » deviennent un danger pour la stabilité de tous les pays environnants : Syrie, Turquie, Iran et, bien sûr, Irak. Il est à noter que les Israéliens, en conseillant l’occupation de l’Irak aux Américains croyaient les utiliser pour leurs intérêts propres, alors que c’est tout le contraire. En effet, plus les Israéliens se croient puissants et deviennent extrémistes, plus la paix au Moyen-Orient devient impossible, ruinant les vies de tous, y compris celles des Israéliens, mais rendant plus efficace la stratégie américaine de chaos dans cette malheureuse région.

-         C’est dans ce but que les gouvernements successifs d’Israël ont été encouragés par les gouvernements américains successifs et leurs féaux européens à étendre tellement leurs frontières, en territoires palestiniens et arabes, qu’ils sont devenus tellement affamés de conquêtes et tellement vaniteux, qu’ils considèrent toute la Palestine, sa terre, son eau, son peuple et ceux de ses voisins, comme des proies faciles à prendre, conquérir et asservir, malgré toutes les lois internationales, morales et humanitaires, oublieux du fait qu’ils comptent en cela sur l’appui d’un Etat qui ne considère que ses intérêts d’Empire et qui les lâchera à leur sort le jour où cela lui sera utile. En fait, Netanyahu et les extrémistes iraniens jouent le jeu des Etats-Unis, tandis que les gouvernements arabes, dits modérés, surtout les chefs des clans libanais,  ne sont que les toutous obéissants des Etats-Unis.

L’exemple du Liban.

Un pays où les différents chefs de clan seraient des traîtres ?

Le Liban, pays du lait et du miel, tant de fois chanté dans la Bible pour ses forêts, ses montagnes, son vin renommé, pays du commerce, des relations, de la communication, de l’humanisme, du dialogue entre différentes cultures, différentes races et différentes religions, le Liban antithèse de la tour de Babel, où l’ont parle toutes les langues et où tout étranger se trouve chez lui, le Liban ne devait pas survivre, car à la place de l’humanisme et du dialogue il fallait installer la guerre et l’incompréhension, surtout que ce Liban-là est à la frontière d’Israël, qui convoite son eau, ses terres fertiles, y a rejeté les habitants originels de la Palestine[2], après les avoir volés en 1948 et en 1967, et continue à les voler et opprimer depuis.

Les chefs maronites.

Or, le Liban historique a été le refuge des minorités retranchées dans ses hautes montagnes et habituées, par des siècles de luttes pour leurs libertés, à la résistance armée, que tout conquérant appelle aujourd’hui terrorisme. Parmi celles-ci, la minorité maronite, était durant l’Empire ottoman, protégée par la France comme les autres minorités catholiques et arméniennes, tandis que les Anglais et plus tard les Américains avaient tendance à appuyer les druzes et les sunnites, laissant aux Russes la protection des chrétiens grecs orthodoxes. Les chiites n’étaient protégés par personne et étaient ainsi les plus malheureux de toutes les minorités.

C’est ce qui explique que les chefs maronites, politiques et religieux, se sont habitués à considérer la France comme leur « tendre mère » et à lui obéir au doigt et à l’œil. Comme ils sont nés « avec la cuiller en or dans la bouche » et qu’ils ont hérité leur « zaama » (position de chef de clan) de leurs parents, ils ne se sont pas donné la peine de lire  pour comprendre les changements intervenus dans la géopolitique mondiale, notamment que la France n’était plus celle de saint Louis et de Napoléon III et qu’elle était incapable de les protéger, encore même si elle en avait eu envie.

En fait, la France, comme l’Europe, obéit aux Américains, lesquels appuient les convoitises d’Israël et ses injustices, sans oublier que les Américains, comme Israël[3], ont intérêt à voir les chrétiens d’Orient émigrer, non seulement pour éliminer le reste de l’influence française au Moyen-Orient, mais encore parce que les chrétiens sont un élément de dialogue et de rapprochement entre les communautés des pays arabes, comme l’a démontré dernièrement l’invitation à un Iftar (rupture de carême du soir des musulmans) faite par l’archevêque de Kirkouk aux chefs religieux chrétiens, sunnites, chiites, kurdes et arabes, pour appeler ensemble à la paix en Irak.

Dès le début du départ des troupes françaises du Liban, en 1948, les chefs religieux et politiques maronites[4] se sont sentis orphelins et ont considéré la présence israélienne comme une protection, tandis que l’afflux des réfugiés palestiniens était et est toujours considéré comme un danger, non seulement pour l’équilibre communautaire, mais aussi pour le pouvoir des chefs maronites  et de leurs alliés de toutes les communautés.

Depuis ce jour-là, les Palestiniens furent enfermés dans des camps de misère durant déjà soixante ans et  le Liban officiel refusa  de participer à toutes les guerres arabes contre Israël, invoquant la faiblesse de son armée, voulue par son gouvernement, obéissant aux injonctions de ses maîtres occidentaux.

Mais les calculs des gouvernements oublieux de la morale et des droits de l’homme finissent par se retourner contre eux. Jusqu’en 1967, les Palestiniens se sont laissés dominer et asservir comme des agneaux sans berger, comptant sur les promesses mensongères des pays arabes. Après la défaite de 1967 et l’afflux de nouveaux réfugiés, ils formèrent l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) et commencèrent à lancer des attaques contre Israël.

Les sunnites, les druzes et la cause « palestino progressiste ».

Ce fut ainsi que d’attaques palestiniennes en contre-attaques israéliennes, l’Etat libanais dirigé par les maronites se trouva obligé d’intervenir contre les guérilléros palestiniens et se heurta au camp « palestino-progressiste », formé en majorité des sunnites, des druzes et des Grecs orthodoxes, appuyant les Palestiniens et accusant l’armée libanaise de collusion avec Israël. Il était normal que les sunnites appuient la cause palestinienne, surtout que les Palestiniens sont à majorité sunnites. Ils y voyaient un moyen de renforcer leur communauté et d’augmenter sa part de pouvoir dans le gouvernement du pays[5], sans oublier que Nasser avait lancé l’appel à l’unité des Arabes, vue comme gouvernement arabe unifié sous la coupe des sunnites. Les chefs druzes se sont toujours rangés du côté du plus fort et la Syrie était là pour aider au renversement d’un pouvoir maronite qui la dérangeait sur le chemin de la création de la grande Syrie.

Ce fut ainsi que les chefs chrétiens, conseillés par les Américains, finirent par s’ouvrir sur Israël et s’allier à ce pays, supposé l’ennemi du Liban, tandis que les musulmans demandèrent l’aide de la Syrie, laquelle les aida au début à détruire l’Etat libanais. Ce fut ainsi que, de traîtrise en traîtrise, les Libanais se divisèrent et s’entretuèrent, les uns pour « la cause palestinienne et arabe », les autres pour « l’indépendance et la neutralité du Liban ». En fait, ils étaient manipulés par leurs chefs qui cherchaient leurs propres intérêts, en augmentant leur propre part de pouvoir par leur collaboration avec l’ennemi, l’étranger ou le « frère » arabe.

Le Liban à la merci des étrangers et des « frères ».

L’Amérique et Israël se donnaient à cœur joie de manipuler les uns et les autres. Dès la visite de 1973 de Henri Kissinger au Président syrien Hafez el Assad, les Américains préparaient les guerres civiles et religieuses libanaises, car le Liban, avec ses 18 communautés, devait servir à déclencher des guerres de religion dans tout le Moyen-Orient, affaiblissant les Arabes, protecteurs des Palestiniens et l’Union soviétique rivale des Etats-Unis. Lorsque cette dernière implosa, les Américains réunirent les députés libanais à Taëf pour consacrer un co-protectorat de fait d’une partie du Liban par la Syrie et l’Arabie saoudite, tandis qu’Israël gardait le Sud Liban jusqu’au Litani qu’il convoitait pour ses terres fertiles, son eau et ses pics neigeux dominant toute la région.

Ce qui restait du Liban était dirigé par la Syrie et l’Arabie saoudite qui y avait dépêché le cheikh saoudien Rafic Hariri[6], avec pour mission d’endetter le Liban de manière à ce qu’il soit forcé d’accepter chez lui l’implantation des Palestiniens, dans le cadre d’une paix forcée, par laquelle ces pauvres gens perdraient tous leurs droits, sur leurs terres et leurs biens, droits consacrés par des décisions des Nations Unies et surtout par les lois internationales, morales et religieuses des trois religions monothéistes, y compris la loi juive.

Comme citoyen saoudien, Monsieur Rafic Hariri devait obéissance au roi d’Arabie saoudite. Comme la famille royale saoudienne est protégée par l’Amérique depuis 1944, depuis l’accord entre le Président Roosevelt et le roi Abdel Aziz, l’Arabie saoudite suit de fait les directives américaines, en gardant les apparences de l’indépendance. Quant aux Etats-Unis, leurs liens avec Israël sont si solides qu’il est impossible de savoir qui des deux dirige l’autre. Ce qui fait que le Président du Conseil libanais, depuis les accords constitutionnels de Taëf, dictateur constitutionnel et légal du Liban, est sujet du roi saoudien qui obéit à l’Amérique, une Amérique qui est consubstantiellement unie à Israël. Ce dernier, qui convoite le territoire, les terres et les eaux libanaises, a attaqué et détruit le Liban plusieurs fois[7], en a occupé le Sud durant des décennies et poursuit son occupation d’une partie du territoire libanais, ainsi que ses agressions journalières au vu et au su du monde entier, dont le monde arabe dit modéré, qui ne voit et ne condamne que la résistance de l’agressé, car les Etats-Unis, c’est-à-dire Israël, en ont décidé ainsi.

Saad Hariri est encore un autre Saoudien, chargé par la même mission. Il a été élu par les sunnites, car, au lieu de penser à ce qui arrive à leur pays, ils pensent surtout à continuer à gouverner le Liban, en tant que sunnites, sous les ordres de l’Arabie saoudite, apeurée, ainsi que l’Egypte, la Jordanie et les pays arabes « modérés », par un Iran chiite renforcé, appuyé sur un Irak gouverné par les chiites, grâce aux Américains.

Cela explique le dernier retournement du chef druze Walid Joumblat, pris entre les armes de la résistance chiite et une dictature légale sunnite qui finirait par détruire ses pouvoirs de chef de clan druze si on la laissait s’installer.

C’est ce qui explique aussi la position du général indépendantiste, Michel Aoun, car c’est bien de l’indépendance du Liban qu’il s’agit encore, indépendance d’une dictature saoudienne wahhabite par procuration, sous la coupe des Américains et des Israéliens, avec à la clé l’implantation de centaines de milliers de Palestiniens sunnites, haineux, en colère et exigeant vengeance.

Conclusion.

Le Président Obama a fait un discours génial au Caire et nous avons tous espéré que la paix était aux portes. Malheureusement, il a fallu déchanter. Au lieu de paix, l’Amérique demande aux Arabes de « normaliser » avec Israël, alors que ce pays a occupé la presque totalité de la Palestine et ne veut même pas arrêter de grignoter le reste des 40% des 22% de la Palestine, où sont parqués les Palestiniens, ce qui équivaut à 8,8% de ce qui a été leur territoire avant l’immigration intensive commencée sous la protection, l’appui et l’encouragement des Anglais et poursuivie sous ceux des Américains et de leurs féaux européens et autres, militairement, politiquement et aux Nations Unies.

Les gouvernements arabes « modérés » pourraient protester sans rien faire et ce sera leur malheur, car ils finiront par provoquer la haine de leurs populations et ils seront renversés, tandis que l’exemple du Hezbollah va faire tache d’huile et Israël aura à se battre, aidé par l’Amérique, contre des guérillas de mieux en mieux armées et de plus en plus nombreuses sur des territoires de plus en plus étendus.

En même temps les guerres de religions entre musulmans vont s’intensifier. Déjà, il n’y a pas un pays, en Afrique, en Asie ou en Océanie qui n’est pas déstabilisé. La déstabilisation du Pakistan nucléaire est la plus dangereuse et pourrait entraîner une guerre nucléaire Indopakistanaise.

Ce serait en fait, d’après Monsieur George Friedman, la réussite la plus inespérée de la Grande Stratégie américaine. L’est-elle ?

Qu’en pensent les Américains ? Qu’en pense le Président Obama ? Qu’en pensent les Israéliens ? Qu’en pensent les Arabes ? Qu’en pensent les Européens ?

S’ils trouvaient cela bon, ils devraient continuer dans cette direction.

Par contre, s’ils trouvaient cela dangereux, désastreux même, il serait temps de forcer, je dis bien forcer le gouvernement israélien à revoir sa copie pour accepter totalement le plan de paix arabe. J’en appelle surtout aux Américains et surtout au Président Obama pour ce faire.

Dans le passé, Monsieur George Friedman aurait eu raison, car tout Empire aurait agi dans son intérêt, même s’il devait massacrer des centaines de milliers d’êtres humains. Mais aujourd’hui, cet Empire est un Empire qui se dit tellement chrétien et moral, qu’il a imprimé sur ses dollars, « nous avons confiance en Dieu ».

Que lui dit son Dieu[8] ? Nous avons aujourd’hui une possibilité quoique minime d’arrêter les tueries entre être humains, car nous avons comme seule puissance globale, une Amérique qui se veut un exemple et un modèle de moralité. Elle a une chance de tenter d’inverser le cours de l’Histoire. En aura-t-elle le courage ou suivra-t-elle l’exemple des Empires qui l’ont précédée ?

[1] George Friedman, The Next One Hudred Years, Doubleday, New York, 2009
[2] Lire Shlomo Sand, Comment Le Peuple Juif fut Inventé, Fayard, 2008, traduit de l’Hébreu par Ivan Cohen-Wiesenfeld et Levana Frank. Les Palestiniens seraient probablement les vrais descendants des Hébreux, habitants la Palestine du premier siècle.
[3] Un Arménien, né à Jérusalem, nous a raconté que les chrétiens de Jérusalem, possédant de grands biens immobiliers dans la partie arabe de cette ville, Israël cherche à les faire tous émigrer, pour acquérir leurs biens.
[4] Avec les maronites, on peut compter les communautés catholiques ainsi que les Arméniens, tandis que les autres communautés orthodoxes, anciennement protégées par les tsars russes ont eu tendance à suivre majoritairement la politique de libération arabe et palestinienne, encouragée par l’Union soviétique qui a remplacé leur protecteur russe. C’est ainsi que le Front Palestinien de Libération Palestinienne (FPLP), de tendance communiste, était dirigé par George Habache, Grec orthodoxe palestinien. 
[5] Ils appelaient l’OLP « l’armée sunnite » en opposition à l’armée libanaise considérée comme l’armée maronite, malgré le fait qu’elle fut constituée des fils de toutes les communautés.
[6] Rafic Hariri est né au Liban, mais avait perdu sa nationalité libanaise pour devenir Saoudien, suivant la loi saoudienne qui interdit la double nationalité. Il redevint Libanais pour devenir Président du Conseil, mais était toujours sujet du roi d’Arabie saoudite à qui il devait obéissance. C’est aussi le cas de son fils Saad Hariri.
[7] Ainsi, les Israéliens détruisent, le Président du Conseil endette le pays en empruntant à ses propres banques et aux banques en majorité saoudiennes à des intérêts faramineux et les Israéliens détruisent ce qui a été reconstruit. Puis, rebelote… Tout le monde gagne, sauf le contribuable libanais qui finira par accepter l’irrémédiable, l’implantation des Palestiniens chez lui.
[8] Pour les chrétiens, lire l’encyclique « Caritas in Veritate » de Benoît XVI


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