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Moyen-Orient : Le grand retournement   20/02/2009

Moyen-Orient : Le grand retournement

par Roger AKL

Le conflit israélo-arabe a beaucoup évolué depuis la création de l’Etat d’Israël. Il a passé par plusieurs phases :

1 - La phase des guerres classiques et des victoires d’Israël.

La guerre de 1948 fut menée contre toutes les armées arabes réunies. Elle résulta dans la victoire totale des combattants juifs et la formation de l’Etat d’Israël, non seulement sur les terres habitées par eux, mais aussi sur celles des Palestiniens, chassés de leurs propriétés et devenus apatrides et réfugiés, dans tous les territoires environnants, dont le désert de Gaza, où les déplacés se chiffrent à plus d’un million, le Liban, la Syrie, la Jordanie et la Cisjordanie.

La guerre de 1967 fut aussi menée contre toutes les armées arabes réunies et résulta en une victoire éclatante contre eux. Israël conquit alors la Cisjordanie, Gaza et le Sinaï.

En 1973, les Egyptiens arrivèrent à tenir tête, pour un moment, aux Israéliens, mais ils furent encore une fois au bord de la défaite totale ; ce qui permit aux Américains d’intervenir et de faire signer la paix entre Israël et le seul pays arabe qui aurait pu l’inquiéter.

Les Israéliens ne craignaient plus rien des armées arabes et pensèrent alors qu’ils pouvaient tout se permettre.

2 - La phase expansionniste et la première guerre du Liban.

La paix, signée à Camp David, prévoyait une poursuite des pourparlers pour qu’Israël rende les terres conquises en 1967, suivant la résolution 242 du Conseil de Sécurité. Mais les Israéliens, assurés de la neutralisation de leur ennemi principal et même de la Syrie, par leur conquête du Golan, ne voulaient plus rendre les terres qu’ils considéraient leur, de « droit divin », et la colonisation de la Cisjordanie et de Gaza commença pour ne jamais s’arrêter, malgré les promesses et les pourparlers successifs, qui n’étaient que de la poudre aux yeux, jetée à ces pauvres Palestiniens pour leur donner l’espoir et les garder calmes.

Mais les Palestiniens, dirigés par Yasser Arafat, ne croyaient plus ni dans l’aide des armées arabes, ni dans les promesses israéliennes. Chassés de Jordanie, en 1970, leurs guérilléros s’installèrent au Liban d’où ils commencèrent à lancer des attaques contre l’envahisseur de leur ancienne terre. Les Israéliens, se sentant tout puissants, décidèrent de les mater en s’attaquant au Liban pour forcer le gouvernement libanais à les désarmer.

Ce qui entraîna une série de guerres civiles libanaises, dans lesquelles Israël intervenait par des attaques, des occupations et une alliance avec des milices chrétiennes, devenues sécessionnistes et sous la « protection » d’Israël.

Les Palestiniens et leurs alliés libanais, musulmans et/ou gauchisants, chantaient à tue-tête que la route de Jérusalem passait par Beyrouth. Ils s’étaient mis sous la protection de la Syrie, laquelle avait déjà fait entrer ses troupes dans la Bekaa et jouait sur les deux tableaux.

3 – La première guerre du Liban et le début de la résistance.

En 1982, Begin était Premier Ministre et Sharon ministre de la Défense ; ils décidèrent de frapper un grand coup, attaquer le Liban, occuper Beyrouth et chasser l’Organisation de Libération de la Palestine de tout le Moyen-Orient. Ils pensaient, en plus, installer un gouvernement  chrétien, à leur solde, sous la direction de M. Béchir Gemayel, comme Président de la République.

Leur puissance et leur impunité les avaient aveuglés. Ils avaient oublié, dans leur arrogance, toutes les règles élémentaires de la stratégie. Pour conquérir un pays, il faut avoir une démographie suffisante pour pouvoir l’occuper. Quand on est minoritaire, on ne s’allie pas à un autre minoritaire, pour lui donner le pouvoir sur la majorité de son peuple, surtout quand c’est un peuple qui a passé son Histoire à se battre contre les occupants. Aujourd’hui, Américains et Européens font les mêmes erreurs en Afghanistan, après les grosses bêtises d’Iraq. C’est à croire qu’ils sont tous aveugles ou plutôt aveuglés par leur convoitise et leur supposée toute puissance.

Tout se passa bien les premières semaines. L’armée israélienne prit Beyrouth, Arafat et l’OLP furent chassés du Liban et l’armée israélienne fut remplacée par des troupes multinationales, composées des alliés d’Israël. Israël garda ses troupes dans les régions chiites du Sud du Litani.

4 – Le grand retournement et le début des défaites.

Israël était fier de ses soldats et de ses armées ; il l’est toujours. Il considère qu’il possède l’armée la plus éthique du monde. Peut-être ; le problème est qu’aucune armée ne reste éthique, quand elle occupe des territoires et que ses soldats se sentent le droit de diriger et de commander des gens qu’ils méprisent, du fait même qu’ils sont sous l’occupation.

Toute colonisation entraîne une résistance et l’armée israélienne subit nombre d’échecs en 1984, 1985 et surtout en l’an 2000, quand le Premier Ministre Ehud Barak fut obligé de retirer ses troupes du Liban, sous la pression de la résistance du Hezbollah, traité depuis de terroriste par Israël et ses alliés.

Ils peuvent l’appeler comme ils veulent, mais les Libanais, eux, savent que, sans le Hezbollah et les autres résistants, le Liban, non seulement, n’aurait pas été libéré, mais encore, n’aurait pas pu avoir la tête haute. Au contraire, les peuples arabes, aujourd’hui, suivent son exemple.

Depuis, Israël n’avait pas oublié sa défaite et, non seulement, cherchait  à se venger, mais encore, il craignait pour sa sécurité et pour l’image perdue d’invincibilité de son armée, incapable désormais de terroriser les Arabes, condition nécessaire à son expansion et à la colonisation de leurs territoires.

5 – 2006 et le nouvel échec israélien.

L’attaque de 2006 sur le Liban avait été minutieusement préparée depuis l’an 2000. La Syrie avait été chassée du Liban, grâce à l’assassinat du Premier Ministre Rafic Hariri, qui n’avait pas pu satisfaire les promesses faites aux Américains de les débarrasser du Hezbollah. Il s’était heurté au Général, puis Président Lahoud qui était trop bon stratège et trop patriote pour désarmer le Liban de sa meilleure défense.

L’attaque se termina par un nouvel échec, à tel point qu’Israël, contrairement à son habitude, a prié ses alliés au Conseil de Sécurité d’ordonner le cessez-le-feu, après avoir vainement tout tenté pour battre le Hezbollah.

Cet échec israélien est dû à plusieurs facteurs : la qualité du combattant libanais, qui craignait la servitude plus que la mort, tandis que le combattant israélien avait perdu ses qualités guerrières, car il était devenu trop riche et trop gâté par des missions sécuritaires d’occupation. Il faut ajouter que les Israéliens ont été trop habitués à compter sur l’appui de leur aviation, inutilisable quand les troupes se battent au corps à corps. Enfin, c’était la première fois qu’ils se trouvaient face a un adversaire aussi tenace.

L’attaque israélienne, déclenchée pour faire peur aux Arabes, se termina par un résultat contraire. Les Israéliens aujourd’hui ont tellement peur des Libanais que leur aviation n’arrête pas de violer l’espace aérien du Liban, violant, en même temps, les décisions du Conseil de sécurité. Ils ont tellement peur, qu’ils menacent de détruire le Liban, si les Libanais osaient descendre un de leurs avions militaires dans le ciel libanais. Il faut du toupet pour menacer de destruction totale un Etat voisin parce qu’il défend son territoire.

Est-ce le comble de l’arrogance, de l’illégalité ou de la crainte ? Ce qui est étonnant, c’est qu’aucun Etat supposé ami du Liban, aucun Etat ayant des troupes dans l’UNIFIL (United Nations International Forces in Lebanon), chargée du cessez-le-feu et de l’application de la décision 1701 de l’ONU, aucun Etat du Conseil de Sécurité, aucun organe médiatique n’a songé à dire à Israël que ce qu’il faisait était un acte hors-la-loi internationale et contraire à la résolution 1701 du Conseil de Sécurité.

Mais, cela fait longtemps qu’Israël est au-dessus des lois, à cause de ses alliés, au Conseil de Sécurité, qui se demandent pourquoi les peuples, non seulement, arabes et musulmans, mais aussi, du monde entier, les haïssent. La réponse est toute simple ; le monde ne supporte pas l’injustice.

Ce dont ils ne se rendent pas compte, c’est que leurs favoritismes font aussi du mal au peuple israélien lui-même.

6 – 2008, même punition, même motif.

Le problème avec les dirigeants israéliens actuels, c’est que, contrairement aux fondateurs de l’Etat d’Israël, ils sont tellement préoccupés par leurs intérêts privés et électoraux, qu’ils n’arrivent plus à comprendre les nouvelles donnes stratégiques et continuent à répéter leurs fautes.

N’osant plus s’attaquer au Hezbollah, ils se retournèrent contre le plus faible, le plus pauvre, le plus affamé, le plus assoiffé et le plus assiégé des camps de réfugiés, pour donner une leçon aux Arabes. Avec Gaza, ils étaient sûrs de leur coup. Quand même, ce n’est qu’un lopin de terre de 40kms sur 12kms, sans possibilité de ravitaillement, enfermé entre l’enclume égyptienne et le marteau israélien. « On n’en fera qu’une bouchée ».

La bouchée a duré 22 jours et ces fichus Palestiniens ne sont pas sortis avec les drapeaux blancs, comme les Israéliens espéraient. A la fin, il a fallu déchanter et Israël déclara le cessez-le-feu de manière unilatérale, car si les gouvernements du monde, dont ceux arabes « modérés », n’ont pas ouvert la bouche, par contre les peuples, eux, étaient horrifiés.

L’attaque israélienne fut encore une fois contre-productive. Non seulement, elle n’a pas fait peur aux Arabes, mais encore elle a montré le caractère haineux, méprisant et arrogant du gouvernement israélien, surtout intéressé par ses élections, tandis que Hamas faisait de nouvelles recrues et que tous les alliés arabes de l’Occident, donc d’Israël, étaient affaiblis face à leurs populations en colère. Même l’allié stratégique d’Israël, la Turquie, lui tourna le dos. Non seulement, le Premier Ministre, M. Erdogan, mais aussi l’armée turque exprimèrent leur colère. L’alliance turco israélienne est en train de battre de l’aile.

Ce qui est encore plus important, c’est que cette attaque a démontré l’impuissance nouvelle d’Israël, face à des mouvements arabes de résistance, alimentés par une forte démographie et le désir des peuples arabes, entraînés par l’exemple libanais, de prendre leur défense, dans leurs mains, et de ne plus compter sur leurs gouvernements, qu’ils accusent d’être manipulés de l’étranger.

Conclusion : Israël devrait ramasser ses billes avant qu’il ne soit trop tard.

Israël a pu gagner ses premières guerres contre les Arabes, car les nouveaux immigrants étaient aguerris par leurs souffrances et leur participation à la guerre 1939-1945, dans les rangs des armées alliées ou des résistances des pays occupés, tandis que les Arabes venaient de prendre leur indépendance, n’avaient pas d’armées bien entraînées et modernes et étaient dirigés par des gouvernements encore asservis aux colonisateurs occidentaux, dont ils dépendaient pour leur sécurité et leurs armements.

En luttant contre les armées arabes, Israël pouvait profiter de son armement supérieur et plus moderne, ainsi que de chefs militaires formés dans les plus grandes écoles militaires occidentales.

De plus, Israël se battait pour sa vie, tandis que son peuple était encore formé d’émigrés européens, éduqués, aguerris, mais aussi, ayant quitté l’Europe, qu’ils considéraient comme oppressive et antisémite. Il n’était donc pas question pour eux d’y retourner. Ils devaient s’accrocher bec et ongles à leur nouveau pays.

Par contre, aujourd’hui, Le peuple israélien est devenu riche. Il aime la belle vie. Beaucoup d’Israéliens ont la double nationalité et savent qu’ils peuvent toujours trouver en Europe un pays d’accueil agréable.

Le soldat israélien a perdu son éthique et ses qualités combatives dans des missions de maintien de l’ordre, tandis que les politiciens craignent de perdre leur popularité en perdant trop de soldats. L’armée israélienne a perdu son mordant, juste au moment où les peuples arabes en ont marre de courber l’échine et se sont engagés dans une résistance acharnée, malgré leurs propres gouvernements.

Plus Israël attaque férocement et tue des civils « collatéraux », plus les mouvements de résistance, qu’ils soient islamiques ou non, auront de la popularité et embaucheront des conscrits prêts à mourir pour leur cause.

Les armes modernes, les chars, les avions et surtout les bombes nucléaires n’ont plus de sens. Car, qui dans le monde permettrait l’utilisation de moyens nucléaires qui rendraient les champs pétroliers inutilisables ? Sans oublier qu’au Proche-Orient les distances sont courtes et les attaques nucléaires israéliennes retourneraient, comme un boomerang, empoisonner l’envoyeur.

Ainsi, seule la démographie, associée au désir de se battre, sans craindre la mort, donnera la victoire. En cela, les Arabes sont les plus forts et, maintenant qu’ils ont appris à se battre, ils ne s’arrêteront plus, tandis que les Israéliens commenceront à retourner dans leurs pays d’origine où ils se sentiront plus en sécurité. Ce sera le retour des nouveaux pieds-noirs.

Si Israël décidait de poursuivre sa politique expansionniste actuelle, les gouvernements arabes « modérés » seront renversés, l’Iran poursuivra son expansion vers l’Ouest ; déjà en Egypte on parle de prosélytisme chiite. Mais le plus important est que l’Iran a maintenant le vent en poupe auprès de tous les mouvements islamistes très populaires, car les peuples ne supportent plus les politiques défaitistes de leurs gouvernements.

Les guerres ne s’arrêteront plus, mais auront toujours la forme de guérillas dans lesquelles les armées israéliennes ne pourront pas utiliser leur supériorité technique. Elles devront occuper le terrain et se battre corps à corps dans des espaces de plus en plus étendus. Plus elles s’enfonceront en territoire ennemi, plus elles perdront des troupes. Les missiles arabes allongeront leurs portées de plus en plus et seront de plus en plus meurtriers. Les menaces israéliennes ne suffiront plus, car plus ils détruiront, plus ils tueront, plus ils alimenteront l’ennemi en recrues prêtes à mourir. Dans ce jeu, les Israéliens ne pourront pas gagner.

Ils finiront, après des décennies de souffrances pour tous les peuples du Moyen-Orient et, probablement, de la Méditerranée et du monde, par chercher d’autres cieux plus cléments en Europe ou ailleurs.

Alors, si les amis d’Israël voulaient son bien, ils feraient bien de conseiller au nouveau gouvernement de faire la paix aux conditions actuelles des Arabes. Sinon, nous ne saurons pas quelles seront leurs conditions, quand Israël perdra encore des points ou que les gouvernements arabes actuels seront remplacés par des gouvernements islamistes.

Ce qui ne tardera pas, si Israël et l’Occident poursuivent leur entêtement dans une stratégie encore aveuglée par leurs gloires passées.

Roger AKL
E&O
18/02/2009


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