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L’Europe, après le Liban, dans le collimateur   17/02/2008

L’Europe, après le Liban, dans le collimateur.

 

« Ce qui me dérange dans tes écrits, c’est qu’ils sont prosyriens », me dit un ami français. Prosyrien, moi ? C’est ce qu’on attribue aussi au général Michel Aoun, qui a passé trente ans de sa vie à lutter contre l’occupation syrienne. De quoi l’accuse-t-on ? On l’accuse d’avoir fait un accord avec le Hezbollah, représentant la plus grande communauté libanaise, accord qui a jusqu’à maintenant sauvé le Liban de la guerre civile et confessionnelle, guerre recherchée par les supposés amis des Chrétiens du Liban, devenus ânes de la fable, du XXème siècle à ce jour. L’Europe est candidate à les remplacer dans cette situation peu enviable, une fois le Liban mort et enterré. Je commence par un petit rappel :

 

Aperçu historique.

 

1948 : Les Arabes battus par les Israéliens, les populations palestiniennes sont chassées de leurs foyers et se réfugient dans les pays arabes avoisinants, dont le Liban.

1967 : Guerre des six jours, occupation de Gaza et de la Cisjordanie, par les Israéliens, d’autres réfugiés palestiniens arrivent au Liban.

1970 : L’OLP (organisation de libération de la Palestine), chassée de Jordanie commence ses opérations à partir du Liban et se heurte à l’Etat libanais, dirigé principalement par les Chrétiens du Liban. Les Palestiniens, voulant alors revenir chez eux, font la guérilla contre Israël et occasionnent des représailles israéliennes contre le Liban. Les Libanais sont alors divisés, sur des bases confessionnelles entre pros et anti-Palestiniens. Du côté palestinien se rangent surtout les Sunnites et ceux qu’on a appelés les progressistes, composés des communistes et des partisans de la famille Joumblatt, appuyés par la Syrie. De l’autre, se trouvent les Chrétiens et le commandement de l’Armée libanaise dont je faisais partie. Les Occidentaux et les Israéliens qualifient alors les Palestiniens de terroristes.

 

1973 : Henri Kissinger, alors Secrétaire d’Etat, fait la tournée du Proche-Orient et visite Hafez el Assad, dont il fait les éloges. Au Liban, il est reçu à la frontière syrienne, pour des raisons de sécurité. Il aurait alors fait la remarque qu’un Etat qui ne peut pas le recevoir dans sa capitale ne mérite pas d’exister.

 

1975 : Début de la guerre confessionnelle libanaise et de ma mission à Washington, comme adjoint à l’attaché libanais des Forces Armées : Les Américains qui traitaient les Palestiniens de terroristes, lorsqu’ils cherchaient à reprendre leurs terres et leurs biens, se rangent, vus de mon poste à Washington, de leur côté contre nous, et nous qualifient de « Chrétiens privilégiés voulant chasser les pauvres Palestiniens du Liban. Où iront-ils ? » La réponse pour moi était claire : ils devaient pouvoir retourner chez eux en Palestine.

Ce fut à ce moment-là que je pus toucher du doigt ce qu’on appelle la « science de communication de masse » ou plutôt du « lavage de cerveau collectif » qui m’avait trompé et trompe encore les populations du monde, par la désinformation organisée des médias, dominés par les grands groupes militaro-industriels, énergétiques, bancaires et de BTP, liés de manière institutionnelle aux dirigeants des Etats de la planète. Les dirigeants des Etats riches et puissants installant au pouvoir leurs protégés et employés des Etats faibles et pauvres dont on veut voler les ressources.

Ce fut à ce moment aussi que je compris que le Liban « delendus est » ou devait être détruit.

 

1976 : La Syrie occupe une partie puis tout le Liban avec la complicité des Américains, des Israéliens et des Arabes.

 

1990 : La constitution libanaise est changée sous la pression des Américains et des Arabes, surtout des Saoudiens, de manière à consacrer le mandat syrien sur le Liban et la direction du pays par le sujet du roi d’Arabie, le Premier ministre libanais, Rafik Hariri. Ce dernier crible le Liban de dettes avec la bénédiction américano-franco-saoudo-syrienne.

2005 : Rafik Hariri est assassiné. Les Syriens quittent le Liban et les mêmes prosyriens sont placés à la tête du pays comme anti-syriens : Les Joumblatt, Hariri et la majorité parlementaire  nouvellement choisie... Avec eux, on a placé aussi les Sunnites pro Palestiniens, qualifiés aujourd’hui de proaméricains, tandis que Michel Aoun, l’éternel indépendantiste, est traité de prosyrien.

 

Les contradictions de la politique américaine.

 

11 septembre 2001 : Attentat de New York. Ben Laden et Al Qaeda sont accusés de ce crime et la guerre contre le terrorisme est lancée. Le monde entier appuie l’Amérique.

Contrairement à ce qu’on attendait, les Etats-Unis se détournent rapidement de leur « ennemi » principal pour aller s’attaquer, avec toutes leurs forces, à l’ennemi de leur ennemi, Saddam Hussein sous de faux prétextes. Ce qui laisse penser que Ben Laden et Al Qaeda, entraînés et financés, par eux et leur allié saoudien, ne les intéressaient plus ou n’étaient que des épouvantails utilisés pour terroriser leurs populations.

 

2005 : Le parlement libanais, dont la majorité a été élue sous pressions américaines et occidentales et toujours appuyée par eux, libère, sans réaction occidentale, des dizaines de terroristes fondamentalistes sunnites, qui seront ensuite accusés d’actions terroristes au Liban et se battront de nouveau contre l’armée libanaise au camp de Nahr el Bared.

 

Elections américaines de 2004 et 2006 : Quelques jours avant le vote, Ben Laden apparaît à la télévision américaine pour menacer et terroriser les électeurs, qui élisent alors le Président Bush et les Républicains pour se rassurer.

 

2006 : Israéliens et Américains trouvent que le gouvernement syrien ne peut pas être renversé, « car il serait alors remplacé par des intégristes sunnites ». Ils ont raison et si cela arrivait, les Chrétiens de Syrie seraient éliminés comme ceux d’Iraq et de Palestine, tandis que le tour de ceux du Liban deviendrait très proche. D’ailleurs, le soupçon qui pèse sur le gouvernement sunnite libanais, c’est de s’appuyer sur les intégristes sunnites Libanais et Syriens.

Quant à l’Iraq, les Américains ont appuyé un gouvernement chiite, ami de leurs « ennemis » syro-iraniens.

 

Ceci est donc ma réponse à mon ami français : la vérité est souvent le contraire de ce que les médias et même vos services vous racontent.

Le plan américain semble être, non point la démocratie, mais le chaos au Liban et au Moyen-Orient et cela assure plusieurs avantages pour les groupes multinationaux cités plus haut :

Le chaos engendre des guerres qui ont besoin d’armes et ces groupes les fournissent.

Le chaos engendre des destructions et la nécessité de reconstructions coûteuses, que les sociétés de BTP se feront un plaisir de facturer aux plus hauts prix, sans oublier qu’il faudra aussi des mercenaires de sécurité, lesquels en Iraq sont plus nombreux que les soldats américains.

Le chaos au Moyen-Orient augmente les prix du pétrole et les gains des sociétés pétrolières.

Ce n’est pas l’intérêt des Etats et des peuples américains et européens, mais celui des sociétés multinationales et des lobbies qui les contrôlent.

Quant à la guerre civile libanaise, elle permettra l’occupation du Sud du Liban par Israël et l’accaparement de l’eau libanaise, plus précieuse que le pétrole, sans oublier que les eaux territoriales du Liban sont pleines de gaz, que les sociétés précitées se feront un jour un plaisir de soutirer.

Non, je ne suis pas prosyrien. Je suis, avec mes concitoyens libanais, victime d’un plan où les Américains sont décideurs et dont certains Etats du Moyen-Orient sont les exécutants.

 

Et l’Europe ?

 

Les dernières nouvelles du Kosovo laissent penser que l’Europe est sur le chemin du communautarisme. La Yougoslavie a été divisée en Etats communautaires, l’un catholique, l’autre musulman et le troisième orthodoxe. Les derniers Serbes (chrétiens orthodoxes) du Kosovo vont en être chassés.

Je demandais un jour à un ami sécuritaire français pourquoi la France s’alliait avec les anciens alliés de l’Allemagne nazie et s’attaquait à ses alliés traditionnels de Serbie. Il m’a répondu très simplement que c’était pour ne pas diviser l’Europe.

 

Quant à la Turquie, une fois entrée en Europe, elle va être le cheval de Troie prévu par les Américains pour que l’Europe ne devienne jamais une puissance militaire.

Cela était déjà apparu dans la constitution européenne (ou traité constitutionnel) refusée par les Français et dans laquelle la défense de l’Europe devait se faire « dans le cadre » de l’OTAN, c’est-à-dire dans un cadre où les Turcs ont la possibilité de poser leur veto à toute décision de défense européenne, à moins qu’on ne les accepte comme Européens à part entière.

Est-ce que le nouveau traité, approuvé par les Parlements, a gardé cette clause ?

Si cela était, les Européens devraient savoir qu’ils sont la nouvelle cible, surtout qu’au début des années 90 l’écrivain et économiste Paul Kennedy prévoyait que l’Europe serait la première puissance économique du XXIème siècle et qu’après cinquante ans, la première puissance économique deviendrait la première puissance militaire.

Les Américains pouvaient-ils le permettre ?

 

Roger AKL
17/02/2008
(c) Roger Akl et Europe&Orient online

 


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