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Les paysans féodaux et la démocratie libanaise   27/07/2007

Au rédacteur de Courrier international,
Dans votre Courrier N°872, vous avez écrit que le général Lahoud a dit aux Libanais que "la force du Liban est dans sa force et non dans sa faiblesse". Vous avez voulu ironiser. Ce qui est compréhensible, quand on ne sait pas que, depuis l'indépendance, nos hommes politiques professaient ce qui a été explicité par le père de M. Amine Gemayel que : "la force du Liban est dans sa faiblesse". Ce que le gouvernement actuel et Amine Gemayel professent aujourd'hui pour ne pas donner des armes crédibles à l'armée libanaise et laisser le Liban à la merci d'Israël et de ses alliés occidentaux. Lisez ci-dessous, vous comprendrez mieux. Auriez-vous l'impartialité de publier ?
Roger AKL

Le 23 juillet 2007
 
Les paysans féodaux et la démocratie libanaise
 
Nous assistons aujourd’hui à une bataille électorale inconstitutionnelle, dans le Metn-Nord et Beyrouth, pour remplacer les deux députés assassinés, Messieurs Gemayel et Eido. Je dis « inconstitutionnelle », car n’ayant pas obtenu la signature du Président de la République, ce qui était une dernière attribution que lui avaient laissé Taëf et le gouvernement inconstitutionnel de M. Siniora. Je ne reviendrai pas à la répétition de toutes les atteintes à la constitution de ce gouvernement, qui avait déjà pris soin, dès sa nomination, d’éliminer, en se débarrassant du Conseil Constitutionnel, toute possibilité de recours auprès de cette institution, en cas d’atteintes à la constitution et elles furent nombreuses.
Depuis l’indépendance, le Liban a été gouverné par les chefs de villages, que furent les familles pseudo-féodales de la montagne, fussent-elles maronites, druzes ou chiites. Tandis que dans les villes sunnites du littoral, c’étaient les familles bourgeoises détentrices du « nerf de la guerre », l’argent, encore l’argent, toujours l’argent.
Après soixante ans de pseudo-indépendance, après trente ans de guerres civiles, sectaires, confessionnelles ou guerres des autres sur notre territoire, rien n’a changé. Les libanais sont toujours manipulés par leurs chefs féodaux et banquiers, eux-mêmes cherchant leurs pouvoirs et leurs intérêts familiaux étroits à l’étranger.
Aujourd’hui, la bataille électorale de Beyrouth est déjà gagnée par le Courant du Futur, car il a à sa disposition toute la fortune des Hariri, amassée en Arabie saoudite et surtout dans l’endettement de l’Etat à leurs banques et celles de leurs alliés et dans la « prise » légale des biens du Centre Ville. La vraie bataille se déroulera au Metn Nord entre l’héritier et chef de famille des Gemayel, contre le docteur Camille Khoury, candidat du Courant Patriotique Libre (CPL).
 
Les thèses en présence.
 
Le Président Amine Gemayel se présente aux élections pour défendre le « fief » de sa famille et ramener au Liban son « indépendance et sa souveraineté ». Il affirme que ce poste de député du Metn Nord lui revient de droit car il a appartenu à sa famille, depuis l’indépendance du Liban, et, dernièrement, il était celui de son fils lâchement assassiné.
Nous sommes tous attristés, par les malheurs de la famille Gemayel, que nous respectons et nous les assurons de notre affection et de notre soutien personnels. Mais quand il s’agit de démocratie et de l’intérêt du pays, le raisonnement précédent est complètement faussé car :
En démocratie, il n’y a ni fief ni héritage. De plus, « grâce » aux « familles » qui ont gouverné le Liban, depuis sa supposée indépendance, le pays n’a jamais eu de vraie souveraineté. Rappelons-nous la phrase historique célèbre du père de M. Amine Gemayel : « la force du Liban est dans sa faiblesse ». Ce qui voulait dire que le Liban devait compter sur les armées des autres, en l’occurrence occidentales, pour sa protection. C’est toujours la politique du gouvernement actuel qui n’a rien appris de nos déboires. N’est-ce pas la faiblesse de l’armée libanaise qui a facilité la déstabilisation du Liban et provoqué les trente années de guerres ? Que proposent aujourd’hui les alliés de Monsieur Gemayel ? Désarmer notre seule défense face à Israël et compter sur les armées des autres, l’UNIFIL, pour notre protection. Le résultat est que l’armée, sans armes modernes, peine à mater les intégristes terroristes de Nahr el Bared, qui l’ont attaquée.
Compter sur les puissances occidentales pour notre protection a déjà été essayé avant et durant les guerres sectaires du Liban et cela a résulté en un désastre total : L’Amérique, sur laquelle nous comptions en 1975 a, elle-même, planifié notre perte. Rappelez-vous le plan Kissinger. Rappelez-vous l’ambassadeur Dean qui nous a promis des camps de tentes pour les réfugiés chrétiens en Amérique.
Que monsieur Gemayel se rappelle ses promesses que « les bombes qui tombaient sur Beyrouth allaient se retourner sur Damas ». Qu’arriva-t-il alors ? Les Américains, sur lesquels il comptait, ont donné, à Taëf, le feu vert et la constitution pour que les Syriens occupent et dirigent le Liban. Non, ce ne sont, ni le Président Hraoui, ni le Président Lahoud, qui ont affaibli la Présidence. Ils ont cherché à faire du mieux qu’ils peuvent avec les pouvoirs qui leur ont été laissés par leurs prédécesseurs.
 
La perte des pouvoirs du Président de la République (maronite) est le résultat de :
1 – La faiblesse de l’armée qui a entraîné la faiblesse de l’Etat et facilité le déclenchement des guerres sectaires.
2 – Guerres sectaires : durant ces guerres, les chefs des milices maronites eux-mêmes ont affaibli la Présidence de la République, par leurs rivalités et leurs luttes intestines. N’ont-ils pas attaqué et assassiné le fils du Président en exercice  lui-même (Sleiman Frangié) ? Ne se sont-ils pas affaiblis et n’ont-ils pas affaibli leur cause, en s’entretuant entre Phalangistes et Parti National Libéral, entre Phalangistes et Marada (milice des Frangié), et à l’intérieur même des Forces Libanaises, entre Geagea et Hobeïka ? Geagea vainqueur de Hobeïka ne s’est-il pas révolté contre l’Etat qu’il devait protéger ? Pouvons-nous dire sans mentir qu’il n’y avait pas de rivalités entre les frères Gemayel eux-mêmes ? Enfin, Monsieur Gemayel n’a-t-il pas été le dernier Président de la République avant la constitution de Taëf, constitution qui a enlevé ses pouvoirs au Président de la République ? Taëf n’est-elle pas la conséquence directe de  l’échec du mandat du Président Gemayel ?
 
Face au Président Amine Gemayel se présente Monsieur Camille Khoury que je ne connais que par le fait qu’il est le candidat du Courant Patriotique Libre (CPL). Le Courant Patriotique Libre, dont le chef est le général Aoun, a toujours combattu pour l’Etat de droit, la démocratie, l’indépendance et la souveraineté du Liban ainsi que pour l’union et l’égalité entre ses fils des différentes communautés libanaises. Le CPL a combattu pour une souveraineté et une indépendance complète du Liban, non seulement de la Syrie et de l’Iran, mais aussi de l’Arabie saoudite, de l’Amérique, de l’Europe et de toute autre puissance. Le CPL présente ses députés suivant un programme de bonne gouvernance du Liban et cela me suffit. Monsieur Gemayel et les autres chefs féodaux du Liban ont déjà été essayés aux plus hauts postes de l’Etat et ont échoué misérablement. Nous avons besoin de sang neuf. Nous avons besoin d’un nouveau Liban, un Liban qui sera un pays « message ».
 
Le message du Liban.
 
Ce message est un message d’espoir, pour le monde, où la globalisation entraîne des rassemblements de populations dont les cultures, les croyances et les valeurs sont différentes. Les pays du monde, surtout l’Europe, vont devenir un Liban immense, où différentes communautés vont avoir à vivre ensemble dans le respect de leurs diversités. Elles ont besoin du « laboratoire » libanais pour trouver enfin la formule qui leur permet de partager le pouvoir dans la liberté, la justice, la démocratie, l’amitié, la coopération et l’équité qui assurent la paix et la prospérité.
 
Roger AKL


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