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L’Arménie ne peut pas constamment bluffer   8/06/2007

C’est la traduction française de l’entretien publié en russe par l’agence de nouvelles REGNUM le 30 mai, 2007
Texte original en russe sur www.regnum.ru/news/835719.html

Cette traduction a été réalisée hativement en Arménie par une personne bénévolement et comporte certainement des erreurs de syntaxe. Mais vu l'importance du sujet à la veille des discussions Kotcharian-Aliev nous avons voulu vous le livrer tel quel. 

La traduction en anglais est  sur cette page

L’Arménie ne peut pas constamment bluffer dans le jeu géopolitique regional
entretien avec Armen Ayvazyan

Entretien avec Armen Ayvazyan, Docteur des Sciences Politiques, Directeur du Centre de Recherches Stratégiques "Ararat"(www.ararat-center.org)

REGNUM: Après les élections qui ont eu lieu en Arménie au mois de mai, les autorités ont réussi a réaffirmer leur position intérieurement et, elles semblent avoir soustrait le privilège du règlement du conflit du Haut-Karabagh. Comment allez-vous expliquer alors la déclaration dure sans précédent faite le 28 mai 2007 par les sources -Internet importantes Arméniennes (http://www.regnum.ru/english/834890.html), qui apportent une assez sérieuse contribution active et professionnelle à la société Arménienne.

Durant le campagne préélectoral le problème d’Artsakh (Haut-Karabagh - REGNUM) et des territoires libérés d’Arménie (les régions autour du Haut-Karabagh actuellement sous le contrôle d’Arménie - REGNUM) était complètement hors de discours. Presque toutes les parties ont laissé hors de discours cette question, en offrant dans le meilleur des cas des formules banales, déclaratives et vagues sur la nécessité d’arriver au règlement du confit par soit disant des concessions mutuelles etc. En même temps, lors de la courte période après les élections la rhétorique pour rendre les territoires libérés d’Azerbaïdjan a été galvanisé d’affilé. Les annonces ont été faites au niveau des co-présidents du Group de Minsk d’OSCE, à mettre de coté les proclamations victorieuses faites par les plus hauts dignitaires d’Azerbaïdjan dans le but d’atteindre un accord d'une véritable capitulation de Erevan et sa capacité de faire rendre les six et même les sept régions de l’ancien Azerbaïdjani SSR. Au lieu d’être catégoriquement et nettement réfutées par l’officiel Erevan, ces discussions ont été directement et indirectement approuvées dans les déclarations des Ministres de la Défense et des Affaires Etrangères sur l’inévitabilité des concessions difficiles. D'autre part le fréquent silence de Erevan peut être interprété comme un consentement tacite. Tout cela est compliqué par la manière secrète dont les négociations se déroulent, qui engendre une grande inquiétude dans la société Arménienne sur l'avenir des territoires libérés, ce qui veut dire – leur propre sécurité.

REGNUM: Quelle est la valeur de ces territoires pour la société Arménienne?

La libération des territoires Arméniens autour de l’ancien Nagorno-Karabakh Autonomous Oblast a été généralement conçue comme une nécessité militaire – l’unique moyen d’accabler les points d’où les Azéris lançaient des attaques en 1991-1994. Cette explication, reflétant la situation durant la guerre d’Artsakh, est absolument correcte dans le sens militaire: elle n’est pas en tout cas compréhensive et par conséquent manque plusieurs aspects.

Chronologiquement cette explication correspond à la pensée stratégique des dirigeants du débuts des années 1990. Ceux-ci refusaient de reconnaître les autres aspects du conflit du Haut-Karabagh, en particulier ils ignoraient l’incompatibilité des intérêts stratégiques Armeno-Turko-Azéri dans le future proche: en croyant que le rôle de l’histoire dans la politique internationale est anachronique (une réalité périmée): en percevant naïvement les états occidentaux comme des médiateurs sans biais et des garants omnipotents de sécurité, en même temps percevant le développement du système politique comme un mouvement progressif unilinéaire vers le bien-être général et la liberté.

Cette perception du monde a été erronée et vulnérable de plusieurs angles, puisqu’elle voyait le problème du territoire libéré à part et isolé de la Cause arménienne. Alors que l’essence de la Cause arménienne a été et reste la création des conditions territoriale et politique ou le peuple arménien puisse vivre librement et indépendamment sur sa terre natale sur le Plateau arménien. Il y a une seule solution à la Cause Arménienne – celle de restaurer l’Etat Arménien, si non sur l’entière Arménie (350.000m2), alors au moins sur un territoire indispensable permettant l’existence pérenne et le développement de la civilisation Arménienne. En d’autres termes, la Cause arménienne concerne la sécurité du peuple arménien, qui requiert la provision de deux conditions: La première est la création d’un Etat puissant et bienveillante, et la deuxième consiste en les garanties territoriales qui renforcent la sécurité et la viabilité de cet état.

L’expérience de l’indépendance des derniers quinze ans ont prouvé que l’Arménie a réussi à subsister seulement grâce au fait qu’elle a pu établir le contrôle sur les 42.000m2 de la terre arménienne natale. Ce territoire est la superficie minimale nécessaire avec les frontières définies par la géographie qui assure la sécurité de l’Arménie moderne (y compris la République d’Arménie et le Haut-Karabagh). L’Etat arménien pourrait difficilement subsister et se développer avec succès sur un territoire plus petit.

Par conséquent le territoire libéré est une garantie géopolitique probante et d’autorité internationale pour l’Arménie moderne. Il est la condition primordiale sur les plans de sécurité militaire, d’eau, alimentaire, énergétique, psychologique, et démographique dans un futur proche. Le territoire libéré est le moyen de revitaliser le mental des Arméniens traumatisés par l’histoire. C’est la chaîne de la perception authentique de la notion d'Arménie. Finalement, le territoire libéré est une compensation juste, bien que minimale pour les pertes territoriales, culturelle, matérielle et humaine des Arméniens, et les souffrances causées par les génocides Turks et Azéris, une compensation qui a été atteinte par le sang des Arméniens - mêmes.

REGNUM: Alors quel formule pour le règlement de conflit? Et pourquoi c’est inacceptable pour le public Arménien?

L’information disponible suggère que l’Arménie et l’Azerbaïdjan, avec la médiation des co-présidents du Group de Minsk, élabore un document d’une ou de deux pages sur les principes majeurs du règlement du conflit. Ces principes comprennent le suivant: durant la première étape du règlement les forces Arméniennes se retirent du territoire libéré excepté la région de Kashatagh (le couloire de Lachine); la force multinationale de paix entre la région du conflit suivie par le repeuplement des Azéris. Durant la deuxième étape, la région de Kashatagh est graduellement passée sous le contrôle des forces de paix, et ensuite, selon Baku, Kashatagh at Soushi aussi doivent être repeuplés par la population Azérie. Dans 10-15 ans le referendum va résoudre le statut futur d’Artsakh, qui va avoir lieu dans tout le territoire d’Azerbaïdjan et va respecter ‘’l’intégrité territoriale‘’ d’Azerbaïdjan dans le sens traditionnel de ce concept promu par Baku.

Evidemment ces principes sont si loin des demandes légitimes du coté Arménien qu’ils ne seront évidemment jamais acceptés. Ils ont été déjà une fois rejetés en 1996-1997. En tout cas le document susdit des principes du règlement du conflit peut être utilisé avec des termes confus et ambigus à permettre Erevan et Baku de l’interpréter de leur propre gré.

C’est exactement cela qui est la menace principale pour le coté arménien, puisque l’unique provision définie dans ce document demande la retraite des troupes arméniennes.

Il y a aussi l’opinion largement circulée selon laquelle les autorités arméniennes, essayant de manœuvre leurs adversaires, créent une image favorable dans les yeux des médiateurs et fuient l’isolation internationale, feignent le sérieux de leurs intentions pendant les négociations et jouent ‘’le poker diplomatique’’ avec Baku, en espérant ou croyant que Baku même va rejeter le portfolio proposé du règlement, comme cela a eu lieu à plusieurs reprises.

REGNUM: Mais peut-être que l'imitation dans les négociations est un tactique heureux pour l’Arménie? Jusque là Azerbaïdjan a adopté le principe de ‘tout ou rien,’ offrant ainsi à l’Arménie la chance de préserver le statut quo.

Même si nous considérons cela une imitation des négociations (malheureusement nous n’avons pas suffisamment d’évidence), une imitation pareille nuit sérieusement aux intérêts arméniens.

Avant tout la propagande permanente des premiers dignitaires politiques de la République d’Arménie sur l’inévitabilité des concessions territoriales contamine le public arménien par le défaitisme, nuit à l’esprit national victorieux des Arméniens et de l’armée arménienne, et tout cela au seuil d’une agression Azérie ultérieure possible. En même temps, une partie importante de la bureaucratie arménienne, ainsi que les jeunes qui ont des aspirations carriéristes dans le service public, en l’absence d’une position officielle, croient entièrement à la rhétorique émise par ceux qui sont au sommet de la pyramide concernant le règlement du conflit, et eux –aussi se chargent de propager des concessions, renforçant les sentiments défaitistes d’avantage.

Deuxièmement, l'imitation continue des négociations par Erevan d’être prêt à faire des concessions d’une part, et d’autre part la posture de Baku qui n’accepte pas de compromis, conditionne et persuade involontairement l’opinion publique Azérie ainsi que la communauté internationale que l’unique option possible pour la résolution du conflit est la retraite des forces militaires arméniennes du territoire libéré – ce qui veut dire la capitulation du coté arménien.

Troisièmement, l’imitation pareille envoie des signaux incorrects aux grands acteurs internationaux engagés dans le conflit (en tant que troisième partie ou médiateurs) sur les vraies positions et demandes du coté Arménien. L’Arménie ne peut pas constamment bluffer dans le jeu géopolitique régional avec les grands joueurs comme les Etats-Unis, la Russie et l’UE. Les jeux diplomatiques pareils sont assez transparents et sont condamnés à être révélés, ce qui peut apporter des conséquences extrêmement désagréables pour le joueur - même.

Quatrièmement, le jeu pareil affaibli la position d’Arménie durant les négociations, débilitant sa position et élevant contrairement les attentes et les demandes de la partie opposante. Nous nous sommes confrontés à une situation identique en 1996-1997. Le passage que j’ai écrit sur cette période correspond entièrement à la situation défavorable d’aujourd’hui: ‘’Les dernières recherches sur la théorie et pratique des négociations ont fait preuve que si une des parties négociatrices (dans notre cas l’Arménie) adopte une posture douce et compromettante, en ‘’marchandant amicalement’’ et l’autre partie (dans ce cas l’Azerbaïdjan) tient une position extrêmement dure et ‘’marchande durement’’, alors c’est toujours ce dernier qui aura l’initiative et l’avantage. A la fin les parties vont obtenir certains arrangements, mais ceux-ci seront sans aucun doute en faveur de celui qui marchande durement. Mais la conséquence la plus importante est que les arrangements pareils ne résolvent pas le problème et souvent aboutissent à la résurgence du conflit.

REGNUM: Et qu’est-ce que vous pouvez dire sur la mise en pratique du document sur les principes du règlement du conflit?

Même si un document pareil est signé, il ne peut pas être mis en pratique jusqu’à ce que ‘’le Grand Traité’’ soit conclu, qui doit élaborer tous les détails. Mais celui-ci ne peut pas être conclu et ratifié pendant une longue période, puisque le règlement du conflit de Karabagh dépend plutôt des détails spécifiques que de la clarification des principes généraux. Dans les conflits de ce genre chaque détail, qui semblerait minuscule, est d’extrême importance.

Par exemple, ou sera placé le post arménien ou azéri – à tel ou autre coté de la montagne – peut jouer le même rôle dans le conflit comme disons la proclamation de la question juridique la plus importante – le statut politique d’Artsakh. Outre cela, à ma profonde conviction, dans le conflit du Karabagh les facteurs de vrai pouvoir sont beaucoup plus importants que les éléments juridiques.

Si même dans le meilleur scénario Azerbaïdjan reconnaît l’indépendance d’Artsakh (bien que Baku ne veut même pas entendre à cela), une telle reconnaissance sera purement un élément sur ‘’papier’’. Après avoir cédé le territoire libéré à l’ennemie, Artsakh ainsi que Syunik (la région située à l’extrême sud de la République d’Arménie– REGNUM) se retrouveront dans un état incapable de se défendre au terme militaire (www.regnum.ru/english/679147.html) et peuvent être détruits par une courte offensive militaire azérie (rappelons la défaite de Craina serbe). La concession du territoire ne va pas exclure la probabilité de guerre, mais, excitant l’appétit de Baku, va plutôt créer des conditions pour Azerbaïdjan de recommencer la guerre de la position la plus favorable. N’oublions pas qu’Azerbaïdjan, par l’encouragement et l’assistance déguisée de Turquie – désire vivement et planifie la destruction entière d’Arménie.

En tout cas la signature et la mise en pratique du ’’Grand Traité’’ seront empêchées non seulement par des difficultés pour trouver des compromis pour les détails, mais aussi par les problèmes intérieurs en Arménie et en Azerbaïdjan, par l’intervention de grandes puissances et des puissances régionales, plusieurs provocations possibles, ainsi que la résistance du peuple et des leaders d’Artsakh et le niveau de patriotisme dans le public arménien.

Ainsi la question du ‘’Grand Traité’’ ne sera pas résolue, mais un document sur les principes du règlement, au cas ou il sera signé, rendra les demandes de Baku légitimes sur la scène internationale et sera pendu au-dessus de la sécurité d’Arménie comme un ‘’épée de Damoclès’’. Par conséquent, la signature du document sur les principes du règlement du conflit requérant la retraite des forces arméniennes du territoire libéré, va elle-même risquer la sécurité nationale d’Arménie dans un contexte temporel succinct.

A long terme, le conflit du Karabakh sera résolu en faveur d’Arménie ou d’Azerbaïdjan pas autour de la table des négociations mais au résultat des succès relatifs des états rivaux lors du processus de leur construction d’état respectif. C’est exactement ce défi de la plus haute importance – construire un état arménien viable militairement et économiquement – qui détermine le destin du territoire libéré comme un atout stratégique absolu et inaliénable pour l’Arménie et tous les Arméniens.

 


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