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L'ARMENIE, LE PLUS PROCHE PARTENAIRE DE LA RUSSIE   5/01/2007

L'ARMENIE, LE PLUS PROCHE PARTENAIRE DE LA RUSSIE DANS L'ESPACE POST SOVIETIQUE

 Alexeï Makarkine, 
centre des technologies politiques

 2006 aura été l'année de l'Arménie en Russie ; elle a pris fin au mois de décembre, au palais de Catherine, dans les environs de Saint-Pétersbourg. Lors de la cérémonie de clôture, le premier vice-Premier ministre russe, Dmitri Medvedev, a déclaré que "la Russie et l'Arménie se sont toujours comprises et ont préservé l'expérience séculaire de relations de tolérance".

 Le caractère exceptionnel des relations russo-arméniennes n'est pas, bien entendu, lié au seul facteur historique et à la proximité des religions des deux peuples (les Arméniens professent une version monophysite du christianisme). Les considérations pragmatiques sont souvent plus fiables paroles grandiloquentes. La situation géopolitique de l'Arménie n'est pas simple. Ses relations avec l'Azerbaïdjan sont gâchées par le problème du Karabakh. La question du génocide des Arméniens durant la Première guerre mondiale fait de la Turquie un opposant historique. Si bien que l'Arménie n'a pas, à l'heure actuelle, d'autre possibilité sérieuse hormis l'édification de relations positives avec la Russie.

 On peut effectivement considérer aujourd'hui l'Arménie comme le plus proche partenaire de la Russie dans l'espace post soviétique. Une place qu'occupait, jusqu'à ces derniers temps, la Biélorussie, qui compose avec la Russie un Etat d'Union. Mais les relations russo-biélorusses ne sont pas présentement au beau fixe : le processus d'intégration est à l'arrêt depuis longtemps et les discours sur "l'amitié slave" relèvent de plus en plus du procédé oratoire. La route de l'économie biélorusse est barrée aux investisseurs russes et certains journalistes de Russie commencent déjà à ne plus être accrédités lors des manifestations officielles de la CEI qui se déroulent à Minsk.

 Concernant l'Arménie, la situation est diamétralement opposée. La Russie a conclu avec ce pays un accord qui fixe le prix du gaz jusqu'au 1er janvier 2009. Indépendamment de toute circonstance extérieure, l'Arménie recevra pendant tout ce temps le gaz russe au prix de 110 $ les mille mètres cubes. En échange, l'Arménie a remboursé ses dettes à la Russie sous une forme avantageuse pour la partie russe : elle lui a transmis en propriété l'usine arménienne Mars, le centre d'études et de recherches sur les machines mathématiques, le centre d'études et de recherches sur les systèmes automatisés de gestion, le centre d'études et de recherches sur les matériaux, ainsi que l'ensemble des biens de la centrale thermique de Razdan (par la suite, Gazprom a reçu aussi le cinquième bloc, encore en chantier). Au mois d'avril, un accord bilatéral a été signé, aux termes duquel le gazoduc en construction Iran – Arménie passe sous le contrôle de Gazprom. Le monopole gazier russe acquiert ainsi une situation géopolitique avantageuse dans cette partie de la Transcaucasie.

 Les entreprises privées russes investissent activement dans l'économie arménienne. Ainsi Vympelk a acquis cette année 90 % des actions d'Armentel, la principale entreprise de télécommunication du pays. Et, en 2004, la Vneshtorgbank a acheté le paquet d'actions de contrôle d'ArmSberbank qui fonctionne à l'heure actuelle sous l'enseigne de la VTB Bank (Arménie), première banque du pays pour le volume du crédit et deuxième pour le montant des dépôts de la population.

 Mais il semblerait que la Russie n'estime pas toujours à sa juste valeur ses relations exceptionnelles avec l'Arménie. Ainsi, au début de 2006, la Russie a simultanément porté le prix du gaz à 110 dollars pour l'Arménie et la Géorgie. Alors qu'il était déjà clair, à cette date, que Moscou et Tbilissi avaient des intérêts géopolitiques diamétralement opposés, comme n'ont fait que le confirmer les événements ultérieurs. Il était clair, dès le début de l'année 2006, que la Géorgie n'accepterait pas de privatiser son gazoduc dans l'intérêt de Gazprom, que les Etats-Unis et une grande partie de l'establishment géorgien s'y opposaient. Bien entendu, la Géorgie n'a pas obtenu de "période privilégiée" jusqu'en 2009 et, pendant les trois premiers mois de l'année, la Russie a continué à fournir du gaz à l'Arménie à "l'ancien" tarif de 56 $. Mais pour l'opinion publique arménienne, ces questions revêtaient un caractère secondaire. L'essentiel ayant été le vécu psychologique du fait qu'un pays ayant une attitude amicale envers la Russie recevait à peu près la même chose qu'un autre pays à l'attitude inamicale. La situation concernant la Géorgie a aujourd'hui fondamentalement changé : la Russie a l'intention de lui vendre le gaz à 235 $. Mais cette diversification des attitudes envers la Géorgie et l'Arménie n'a eu lieu qu'à l'issue d'une série de conflits entre les deux pays, qui ont placé les relations bilatérales au niveau du gel.

 En outre, on se demande, en Arménie, ce qu'il en adviendra dans deux ans, lorsque "la période privilégiée" prendra fin. Car la Russie a adopté une position de principe : à l'avenir, elle ne consentira aucun rabais sur les fournitures d'énergie, comme vient de le déclarer le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. La politique précédente des préférences généralisées et injustifiées dans le secteur du gaz a conduit à une impasse, mais la volonté de "mettre sur le même plan" des pays défendant des positions fondamentalement différentes à l'égard de la Russie pourrait tout autant conduire à une impasse. Or même les meilleures relations peuvent être sujettes à l'érosion, d'autant que le facteur de "l'élargissement de l'Europe" continue d'agir, en dépit du scepticisme d'une partie non négligeable de la population du Vieux monde. Si l'intégration atlantique de la Géorgie se passe bien, elle peut devenir un exemple pour une partie de la classe politique arménienne. La Russie doit nécessairement mener une politique très fine et délicate pour ne pas repousser son partenaire le plus proche au sein de la CEI.


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