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LIBAN : QUELQUES REFLEXIONS EMISES EN RUSSIE   1/08/2006

 

LIBAN : QUELQUES REFLEXIONS EMISES EN RUSSIE

Outre les réactions officielles, les discussions se développent en Russie sur la crise libanaise. Les différentes parties engagées dans le conflit au Proche-Orient ne font que se fourvoyer dans une impasse, répétant les événements d'il y a vingt ans et ne cherchant en fait qu'à régler leurs problèmes politiques du moment, ont estimé, globalement, les participants à une table ronde russo-libanaise organisée par RIA Novosti. Le quotidien Kommersant, quant à lui, élargissant la réflexion, tirait dans son édition du 31 juillet trois conclusions touchant à la lutte antiterroriste.

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"Les acteurs au Proche-Orient rejouent les mêmes coups d'une partie d'échecs, avec une persévérance digne d'un meilleur usage et, malheureusement, ils arrivent au même résultat", a déclaré lors de la table ronde de RIA Novosti Oleg Ozérov, directeur adjoint du département Proche-Orient et Afrique du Nord du ministère russe des Affaires étrangères. L'incident qui a servi de prétexte à Israël pour lancer ses opérations militaires au Liban – l'enlèvement de deux soldats israéliens sur le territoire même d'Israël – n'a rien d'extraordinaire en soi, note le diplomate. "En 1982 et 1984, Israël avait enlevé des personnes sur le territoire libanais, et l'objectif de ces prises d'otages était alors pareil à celui du Hezbollah. Il s'agissait notamment, à l'époque, d'obtenir en échange la libération du pilote israélien Ron Arad. Somme toute, ce sont des situations similaires, qui n'ont rien de nouveau", a souligné Oleg Ozérov.

Leonid Siukiïaïnen, spécialiste du droit international et expert des problèmes du Proche-Orient, est du même avis. Selon lui, tous les protagonistes de la région rééditent les mêmes initiatives, cherchant à régler leurs problèmes politiques du moment. Le prix d'une telle approche, ce sont des millions de réfugiés et d'innombrables victimes des deux côtés. "Tous les efforts déployés, toutes les décisions prises pour régler la situation au Proche-Orient ont échoué jusqu'ici, se sont avérés vains. Si l'on réitère les mêmes tentatives, accompagnées des mêmes paroles, la même situation persistera", estime Leonid Siukiïaïnen.

Pour Leonid Ivachov, vice-président de l'Académie (russe) des problèmes géopolitiques, les événements actuels au Proche-Orient sont à rapprocher des prémices de la Seconde Guerre mondiale, à la fin des années 1930. La communauté internationale, estime-t-il, est en train de changer radicalement. "On assiste aujourd'hui à la destruction définitive du système formé sur l'équilibre des forces et des intérêts – le système de Westphalie-Potsdam – et on voit s'établir à sa place dans le monde un autre système, celui de la dictature globale", a-t-il dit.

Oleg Ozérov n'accepte pas une telle interprétation. Il considère que "le monde contemporain est très varié et ne s'insère pas dans un schéma idéologique unique". La crise que l'on observe au Proche-Orient "est le résultat des actions de nombreuses parties - la Syrie, l'Iran, Israël, les pays voisins, les puissances mondiales, en particulier les membres du G8". "L'arrêt immédiat de l'effusion de sang est la tâche que doit s'assigner à présent toute diplomatie réaliste et "saine d'esprit" et ce, à partir de ses possibilités réelles", a-t-il souligné.

Sans précédent de par le nombre de victimes et l'ampleur des destructions, l'actuelle opération d'Israël au Liban a déjà largement débordé le cadre d'une simple opération antiterroriste, a constaté, chiffres à l'appui, Oleg Ozérov. Il a tenu à rappeler que, conformément aux normes du droit humanitaire international, les frappes doivent se limiter strictement aux ouvrages et sites militaires, même si on soupçonne que certains ouvrages civils puissent être utilisés à des fins militaires.

Le journaliste libanais Ali Al-Arab a qualifié de "châtiment pour l'exemple" les frappes aériennes israéliennes sur des ouvrages civils au Liban. Halim Fahreddin, du Parti socialiste progressiste du Liban, qui revenait tout juste de ce pays, estime nécessaire de tout faire pour arrêter immédiatement Israël. "Nous désapprouvons les actes du Hezbollah (l'enlèvement de soldats israéliens – NdlR), mais à présent, tous ensemble, nous défendons notre patrie. Aussi, combattrons-nous en commun avec le Hezbollah contre notre ennemi commun – Israël", a-t-il dit.

Après le lancement par Israël d'une opération antiterroriste contre le Hezbollah, qui a dégénéré en une guerre contre la population libanaise, trois conclusions s'imposent, et elles ne concernent pas seulement les deux parties au conflit, notait quant à lui le Kommersant. La première est que la coalition antiterroriste internationale créée il y a cinq ans en Afghanistan n'existe plus. Si les Etats-Unis et Israël considèrent le Hezbollah comme une organisation terroriste et que tel n'est pas le cas pour la Russie et beaucoup d'autres pays, peut-on parler d'une lutte conjointe contre le terrorisme international, s'interroge le quotidien ?

La deuxième conclusion tient du paradoxe, selon le Kommersant : les militaires se sont montrés capables de perdre la guerre contemporaine contre le terrorisme plus rapidement et avec plus d'éclat que les politiques et les diplomates. La troisième conclusion, enfin, que l'on peut tirer des événements du Liban, et la plus paradoxale, réside dans le fait qu'il manque dans le monde non seulement une coalition antiterroriste réelle, mais aussi une lutte antiterroriste réelle, estime le Kommersant. En effet, si dans une guerre menée avec des armes ultramodernes, de haute précision, le nombre d'enfants tués est dix fois plus élevé que celui des morts parmi les hommes armés de fusils et de lance-roquettes, peut-on parler d'une lutte contre le terrorisme, questionne le quotidien ?

RIA-Novosti 1/8/2006

 

 


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