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LE DIALOGUE RUSSO-GEORGIEN : LA POSITION DE MOSCOU   3/07/2006

LE DIALOGUE RUSSO-GEORGIEN : LA POSITION DE MOSCOU

Alexeï Makarkine, 
directeur général adjoint du Centre des technologies politiques

La rencontre de Saint-Pétersbourg entre Vladimir Poutine et Mikhaïl Saakachvili a mis à l'ordre du jour la reprise du dialogue russo-géorgien. Mais cela ne signifie pas obligatoirement l'amorce d'une amélioration des relations ente les deux pays. Les positions ne se rapprochent, pour l'instant, sur aucun des points "conflictuels". Il est donc d'autant plus important d'imaginer les positions que pourraient adopter les deux parties au cours de cette reprise du dialogue, de déterminer les priorités. Tout particulièrement concernant la Russie, dont les positions sont considérablement plus fortes, dans ce dialogue, que ce que veulent bien reconnaître les observateurs. Ce n'est pas un hasard si Mikhaïl Saakachvili a dû faire preuve d'initiative, venir à Pétersbourg pour tenter d'adoucir ne serait-ce que les contradictions les plus vives.

Quelle position est donc susceptible d'adopter la Russie lors de ses pourparlers futurs avec la Géorgie ? On peut penser qu'ils porteront, en premier lieu, sur le statut des forces de paix en Ossétie du Sud et en Abkhazie. La Russie est intéressée aussi bien à préserver le format actuel des opérations de maintien de la paix dans ces "Etats autoproclamés", qu'à protéger les militaires russes des provocations de la partie géorgienne : on a toute raison de penser que les autorités de Tbilissi sont en mesure de faire stopper ces provocations. Les relations entre la Russie et la Géorgie ne pourront être considérées comme normales tant que le parlement géorgien posera la question du retrait des forces de paix d'Ossétie, ce qui pourrait engendrer le chaos dans une région qui n'a pas besoin de cela pour être agitée, créer un vide que pourraient combler des milices paramilitaires.

Il est peu probable que la Russie s'attende, dans l'immédiat, à ce que la Géorgie fasse quelque pas que ce soit vers la reconnaissance du droit à l'autodétermination des peuples d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud. Il est clair que cela signifierait une rupture avec toute la ligne politique de Tbilissi, et il est tout aussi clair qu'aucun gouvernement ne s'y résoudra aujourd'hui. Une question légitime se pose alors : si l'Europe oblige le Premier ministre serbe Vojislav Kostunica à engager une démarche analogue (dans le cas du Kosovo), pourquoi ce scénario devrait-il être totalement exclu pour Mikhaïl Saakachvili ? Mais, répétons-le, ce qui est capital au moment présent, c'est tout au moins de normaliser la situation autour des opérations russes de maintien de la paix.

Deuxièmement, la Russie aimerait que la Géorgie se détermine par rapport à son appartenance à la CEI. La situation est aujourd'hui paradoxale : la partie géorgienne déclare périodiquement qu'elle pourrait sortir de cette organisation internationale mais ne prend aucune mesure réelle en ce sens. Si la Géorgie souhaite réellement le "réchauffement" de ses relations avec la Russie, elle va devoir renoncer à faire mousser ce thème dans l'espace public. Dans le cas contraire, personne ne la retiendra au sein de cette organisation internationale, mais on ne pourra pas, non plus, parler de compréhension mutuelle entre Moscou et Tbilissi.

D'ailleurs, en ce qui concerne une éventuelle adhésion de la Géorgie à cette autre organisation internationale qu'est l'OTAN, il y a peu de chances pour que ce thème préoccupe fortement la Russie à l'heure actuelle. Il est évident que l'Occident ne s'occupera pas sérieusement de l'intégration de défense d'un Etat aussi instable, dont le gouvernement ne contrôle pas l'ensemble de son propre territoire. Ce qui pose des questions bien plus graves, c'est la multiplication des achats géorgiens d'armements sur les marchés européens, qui accroissent le risque de tenter d'obtenir une solution militaire aux crises abkhaze et sud-ossète.

Troisièmement, la question des exportations de boissons alcoolisées en Russie pourrait, semble-t-il, progresser. On ne peut guère considérer comme normale une situation dans laquelle le marché russe, traditionnel pour les viniculteurs géorgiens, leur reste fermé. Mais, à n'en pas douter, le retour rapide de vins géorgiens de qualité sur le marché russe demeure peu probable tant que des progrès n'auront pas été enregistrés sur les autres axes du dialogue.

Quatrièmement, la Russie pourrait juger positifs certains pas des autorités géorgiennes pour développer le partenariat économique avec la Russie. Par exemple, la privatisation du gazoduc traversant le territoire géorgien. De l'avis de nombreux experts, cette décision pourrait être avantageuse pour les deux parties et seules des raisons politiques empêchent son adoption.

D'ailleurs il est d'ores et déjà clair que de tels pas ne seront pas faciles à faire. Mikhaïl Saakachvili vient de déclarer que son pays n'avait pas l'intention de vendre le gazoduc. Il convient de rappeler que les représentants de l'administration américaine affichent traditionnellement leur solidarité avec cette position.

Cet exemple "signifiant" montre que les perspectives de développement des relations bilatérales sont très confuses, et que la lumière qui semblait poindre au fond du tunnel peut s'éteindre rapidement. Au demeurant, nombre d'éléments pourraient s'éclaircir après la visite que Mikhaïl Saakachvili doit effectuer le mois prochain à Washington : ses avancées ultérieures sur l'axe russe dépendront, pour une large part, des recommandations qui lui seront faites.

1/7/2006


Toute confrontation Etats-Unis/Russie à cause de la Géorgie est exclue

C’est ce qu’a déclaré Alexandre Rondeli, président de la Fondation géorgienne pour les études stratégiques et internationales (GFSIS), dans une interview accordée à RIA Novosti, le 3 juillet, à la veille de la visite du président de la Géorgie, Mikhaïl Saakachvili, aux Etats-Unis.

"Nous ne sommes pas naïfs au point de croire qu’à cause de la Géorgie, les Etats-Unis puissent se disputer avec la Russie … C'est exclu, car la Géorgie n’appartient pas à la même catégorie de poids", a dit le politologue géorgien.

Il est évident que les Américains vont essayer d'épauler la Géorgie, admet Alexandre Rondeli. "Cela ne signifie pas pour autant qu'une sorte de triangle équilatéral puisse se former entre les Etats-Unis, la Russie et la Géorgie. Pour les Américains, la Russie compte beaucoup plus que la Géorgie, et nous ne devons pas nous leurrer sur ce point", a dit l'expert, évoquant à ce propos le prochain Sommet du G8 en Russie.

Quant aux sujets qui pourraient être abordés aux futures négociations prévues pour le 5 juillet prochain entre les présidents américain et géorgien, Alexandre Rondeli suppose que George W. Bush voudra sans doute entendre Mikhaïl Saakachvili réaffirmer l'attachement invariable de Tbilissi au règlement négocié des conflits territoriaux, et notamment en Ossétie du Sud. On sera sans doute heureux à Washington d'entendre aussi que "la politique de démocratisation sera poursuivie, voire intensifiée par les autorités géorgiennes".

"Cette rencontre est en quelque sorte l'expression du soutien accordé par une grande puissance à son jeune partenaire et du désir de vérifier qu'il est toujours dans le droit chemin. A mon avis, cela peut se résumer ainsi : si effectivement vous êtes en train d'édifier une démocratie et entendez régler les problèmes par la voie politique, si vous avez une vision réaliste de la situation, nous sommes à vos côtés. Si tel n'est pas le cas, nous ne sommes plus avec vous. Ce message américain a été formulé voilà bien longtemps, et il sera sans doute réitéré cette fois", a poursuivi le politologue.

Mais nombre de questions désagréables pour la Géorgie peuvent aussi être soulevées lors de la future rencontre de Washington, a dit Alexandre Rondeli. A son avis, il sera notamment question de la situation des droits de l'homme et de leur violation en Géorgie. La faiblesse des structures étatiques en Géorgie pourrait également être évoquée, "même s’il s’agit là d’une maladie qui touche tous les pays en voie de démocratisation et que l'on ne peut espérer guérir du jour au lendemain", a souligné le politologue.

Ainsi, l'entretien du 5 juillet devrait se dérouler dans le contexte des "rapports particuliers" qui se sont noués entre la Géorgie et les Etats-Unis. "Pour les Etats-Unis, la Géorgie est le pays qui a le mieux réussi en matière de démocratisation", a-t-il rappelé.

A la question de savoir si la fréquence des récents voyages en Abkhazie de représentants américains témoigne d'un changement dans la position des Etats-Unis sur le problème abkhaze, Alexandre Rondeli a répondu: "Je ne pense pas que les Etats-Unis aient changé d'attitude. Ils ont simplement décidé de s’intéresser de plus près aux conflits sur le territoire de la Géorgie". "Au début, ces conflits paraissaient plutôt anodins, mais il s'est avéré qu'il n'en était rien… Et il faut retirer cette écharde du pied", a souligné l'expert, ajoutant, qu’à son avis, l'Occident cherche à priver la Russie de son "monopole" dans le règlement des conflits régionaux, mais qu’il ne tient pas du tout à lui retirer le droit de participer à leur solution.

RIA Novosti
3/7/2006

 


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