Moyen-Orient > Articles > Articles
  



2006, l’année verte ?   21/02/2006

2006, l’année verte ?

par Alexandre del Valle*

Le président de la République islamique iranienne, Mahmoud Ahmadinejad, a suscité l’effroi par des propos négationnistes, anti-occidentaux et judéophobes que l’on avait plus entendus les heures noires du Troisième Reich. Non mécontent de l’effet médiatique qu’il avait produit en décembre 2005 lorsqu’il avait appelé à la " destruction de l’Etat d’Israël ", Ahmadinejad définissait, sur la télévision iranienne, la Shoah comme ''un mythe sur le massacre de Juifs'' et proposait tout simplement aux Juifs de fonder un Etat ''en Europe, au Canada ou en Alaska'' ". Lançant habilement un message de soutien aux antisémites-révisionnistes d’Europe condamnés par les lois, le zélé Pasdaran iranien déplorait le fait que " les pays européens affirment qu'Hitler a tué et brûlé des millions de Juifs ". [et que dans ces pays], " on peut être jeté en prison pour affirmer le contraire. […]. Il n'y a pas de raison que les Palestiniens payent le prix de l'oppression des Juifs par Hitler''.

Concurrence chiito-salafiste sur le marché de la haine anti-juive

En fait, l’effervescence islamo-négationniste qui embrase actuellement le monde arabo-musulman et dont le leïtmotiv repose sur l’appel à une Nouvelle Solution Finale des Juifs et des Croisés (Al Yahoud waal Salibiyoun chers à Ben Laden), était prévisible depuis fort longtemps. L’auteur de ces lignes a payé assez cher le prix de sa franchise qui consistait à alerter l’opinion plutôt que de pratiquer la politique de l’Autruche. Les succès électoraux des Frères musulmans égyptiens ou palestiniens, comme des islamistes turcs ou irakiens, sans oublier l’intégration des Frères musulmans ou autres partis islamistes au sein des pouvoirs algérien, marocain, koweïtien, pakistanais et jordanien ces dernières années, confirment que l’islamisme, qu’il soit terroriste, intégriste ou " démocratique " à le vent en poupe partout dans la Oumma. Le fait que les versions " jihadistes " continuent à progresser en Irak, au Cachemire comme en Asie centrale, en Thaïlande, en Indonésie, en Malaisie ou au Proche Orient, alors que les pouvoirs en place se réislamisent de plus en plus et associent les partis islamistes, ont hélas démenti l’idée utopique en vogue selon laquelle l’islamo-terrorisme ne serait qu’une réaction à la " persécution " dont sont victimes les mouvements islamistes dans les pays arabo-musulmans autoritaires plus ou moins " pro-occidentaux ". Bien au contraire, l’histoire de ces dix dernières années a montré que plus les islamistes sont associés aux pouvoirs en place, plus les mouvements islamo-terroristes redoublent de barbarie et surfent sur une " extension du domaine jihadiste de la lutte ".

Un constat doit être fait, même s’il contredit les visions béates et les postulats de base des politiques de l’Autruche ou néo-munichoises : les nations musulmanes du monde entier sont de plus en plus gagnées par l’idéologie revancharde et haineuse de l’islamisme anti-juif et radicalement anti-sioniste, pour lequel la totalité des maux dont souffrent les " ploutocraties " du Dar al Islam sont dus tant aux " croisés-colonisateurs " qu’aux " américano-sionistes ", d’où l’expression chère à Ben Laden : " les Juifs et les Croisés ".

Aussi, par la réactivation d’un discours obsessionnellement antisémite et anti-israélien, l’Iran d’Ahmadinejad ambitionne tout simplement de redorer son blason au sein d’un monde arabo-musulman majoritairement sunnite, trop souvent demeuré anti-chiite ou méfiant, et de plus en plus investi par les Sunnites salafistes, qu’il s’agisse de la branche " Canal historique " des Frères Musulmans égyptiens (tendance " modérée "), entrés ces dernières semaines en force au Parlement du Caire avec 88 sièges, ou de celle d’Al Qaïda (tendance jihadiste-terroriste) ou du Hamas, sorti victorieux des élections législatives palestiniennes de janvier 2006. Mais tout l’ambiguïté du Hamas repose sur le fait qu’à la différence des Frères musulmans égyptiens, entrés au parlement ou des Islamistes turcs, qui ont renoncé à la violence parce qu’ils estiment obtenir plus de résultats en instrumentalisant les valeurs démocratiques, et d’Al Qaïda, qui a choisi clairement l’option terroriste néo-califale jusqu’auboutiste, ce mouvement est, avec le Hezbollah libanasi, la seule organisation islamiste radicale à jouer les deux tableaux, celui des urnes et celui du Jihad.

La judéophobie néo-génocidaire : thème central du Hamas

Mouvement historiquement issu du salafisme des Frères musulmans égyptien et fortement influencé par le nazisme, notamment via le co-fondateur de la Ligue arabe et ancien créateur des Waffen SS musulman des Balkans, le Grand Mufti de Jérusalem al Hajj al Husseini, le Hamas a fondé depuis ses origines toute son action sur la lutte à mort contre les Juifs.

Loin de se cantonner à " réagir " face à une " injustice " israélienne et contre la " répression " ou le " néo-colonialisme sioniste ", comme le disent nombre d’analystes occidentaux complaisants, le Hamas et ses inspirateurs islamo-nationalistes emportés par le Grand Mufti de Jérusalem commencèrent leur guerre totale contres les Juifs vingt ans au moins avant la création même de l’Etat hébreu (massacres de Juifs de la Nabi Moussa, de Hebron entre 1929 et 1935), à une époque où les sionistes ne cherchaient qu’à vivre en harmonie avec les Palestiniens. L’organisation des Frères Musulmans, qui revendique la création du Hamas actuel, déclara le jihad total contre les Juifs, jihad ne pouvant prendre fin qu’avec le rétablissement d’un Etat islamique palestinien où ils soient soumis au statut humiliant de dhimmis.

Dans le cadre d’une collaboration étroite entre le Troisième Reich et les nationalistes et islamistes arabes, une nouvelle judéophobie radicale et à prétention exterminatrice se développa progressivement alors dans tout le monde arabo-musulman, en plein processus de " libération nationale ". Un mélange explosif " rouge-brun-vert " à l’origine de l’islamisme totalitaire moderne d’Al Qaïda comme d’Ahmadinejad fut élaboré à partir de matrices aussi paradoxales que détonantes et porteuses de haine : l’idéologie subversive et planétaire des Frères musulmans et des Wahhabites saoudiens (" Vert "), l’extrême-gauche révolutionnaire antisioniste et anti-occidentale (" Rouge "), puis la propagande antisémite des anciens dignitaires et cadres nazis (Aloïs Bruner, Johannes Von Leers, François genoud, etc) recyclés dans le monde arabe (" Brun ").

On ne rappelle jamais assez que dans les camps palestiniens du Liban (Tall el Zaatar, Bir Hassan), l’OLP, puis le FPLP recrutèrent des militants néo-nazis allemands, comme le Groupe Wehrsportsgruppe de Karl Heinz Hoffman. Après la conférence pro-nazie de Barcelone, organisée par Léon Degrelle (bras droit d’Hitler pour la Belgique et créateur du " Rexisme ") en avril 1969, des instructeurs nazis comme Erich Altern, alias "Ali Bella", ancien dirigeant régional des Affaires Juives de la Gestapo pour la région de la Galicie, furent chargés de former les Palestiniens.

Parallèlement, l’islamisation de l’Intifada et du nationalisme arabe puis la récente victoire des Frères Musulmans en Egypte et de leur branche locale dans les territoires palestiniens ne sont en fait que la conséquence d’un long travail de fanatisation imputable non seulement aux milieux islamistes mais également aux instances officielles de l’islam mondial, à commencer par Al Azhar en Egypte, Médine, en Arabie saoudite, centre du Salafisme, puis le Pakistan et l’Iran, qui finance directement le Jihad islamique, le Hezbollah et le Hamas.

De la fanatisation islamo-nazie à la Charte du Hamas

Au moment où certaines bonnes consciences européenne et américaines envisagent déjà de composer avec la " branche pragmatique " du Hamas ou de l’Iran exterminateur d’Ahmadinéjad, dont certains vont jusqu’à dire que l’arsenal nucléaire ne sera pas " forcément " utilisé contre l’Occident…, il est bon de citer dans le texte la Charte du Hamas, jamais déclarée caduque, contrairement à celle de l’OLP, et qui fut adoptée en aout 1988 : " La Palestine est une terre d’Islam, attribuée aux générations futures de Musulmans jusqu’au jugement dernier " […] " aucune parcelle ne saurait en être abandonnée ". " Israël, parce qu’il est juif et a une population juive, défie l’islam et les Musulmans, car la conspiration sioniste n’a pas de limites, après la Palestine elle voudra s’étendre du Nil jusqu’à l’Euphrate ". Aucun pays arabe, aucun roi, président ou organisations, fussent-ils arabes ou palestiniens, ne possèdent le droit de s’en défaire ". On voit ici toute la difficulté de traiter avec des religieux fanatiques qui non seulement excluent toute " paix " (Salam, terme réservé aux Croyants) mais ne conçoivent les éventuelles accords ou négociations que comme des " trêves " momentanées (" Houdna ") que l’on peut interrompre à n’importe quel moment, vision qui était déjà celle d’un certain Yasser Arafat, ancien élève des Frères musulmans égyptiens et qui fit capoter les accords de Paix de Camp David et Taba.Adepte d’un antisémitisme obsessionnel directement inspiré de la vulgate pré-nazie ou nazie, la Charte du Hamas adhère à l’idée meurtrière du " complot judéo-maçonnique " développée de triste mémoire dans le pseudo célèbre Les Protocoles des Sages de Sion, document qui inspira Hitler: " Leur projet a été énoncé dans les Protocoles des Sages de Sion […], les ennemis juifs complotent depuis longtemps […] ils ont été à l’origine de la révolution française, de la révolution communiste et de la plupart des révolutions […], de la première guerre mondiale et de la seconde, au cours de laquelle ils ont réalisé d’immenses bénéfices […]. Ils ont fait usage de leur argent pour créer des organisations secrètes qui se répandent partout dans le monde afin de détruire les sociétés et de satisfaire les intérêts sionistes. Parmi ces organisations : les francs-maçons, les clubs Rotary, les clubs Lions, le B’nai B’rith […].

Vers un nouveau Munich ?

Parce que Téhéran, en dépit des graves querelles chiito-sunnites qui divisent la Oumma, en Irak principalement (ce que déplorait d’ailleurs récemment Al Zawahiri, numéro deux d’Al Qaïda), entend réactiver la Révolution islamique mondiale, notamment à la faveur d’une récupération de la haine anti-juive planétaire montante et au nom du " droit à la bombe islamique islamique ", toute faiblesse de l’Occident et toute division entre Occidentaux risquent d’être à terme graves de conséquences voire suicidaires. A échelle réduite, la tentative de respectabilisation-institutionnalisation du Hezbollah et du Hamas, pièces maîtresses de la stratégie chiito-iranienne au Proche Orient, participe de la même tentation obscurantiste et munichoise, même s’il est également vrai que le réalisme impose parfois de composer avec ceux qui occupent le terrain. Mais tout dépend de la façon dont on " dialogue " et des arrières-pensées plus ou moins capitulatrices qui animent le " réalisme "…Face au Totalitarisme islamiste de type Frères musulmans égyptiens et Palestiniens (Hamas), désormais associés au pouvoir, tout comme face à sa variante révolutionnaire islamo-gauchiste ou rouge-verte incarnée par le Pasdaran Mahmoud Ahmadinejad, il convient de garder à l’esprit que toute compromission sur les valeurs au nom du dialogue ou du réalisme, sera analysée comme une victoire islamiste et une faiblesse occidentale. Parce qu’elle semble avoir renoncé à l’Histoire et à la maîtrise de son destin en renonçant à une politique de défense et de sécurité autonome puis en désignant ses limites géopolitiques (élargissement à la Turquie), la plus grande épine dans le flanc de lAussi la Troïka européenne composée de lParallèlement, et cela vaut à la fois pour l’Irak, ou le Hamas, les Etats-Unis et Israël sont une fois de plus accusés d’être des " va-t-en-guerre ", des " ennemis de la Paix e du dialogue " et sont de plus en plus isolés et critiqués dans leur volonté de réduire la menace chiito-khomeyniste et ses émules que sont le Hamas et le Hezbollah.Il ne faudrait pourtant pas s’y méprendre : exonérer l’Iran d’Ahmadinejad, refuser de sanctionner la République des Mollahs au nom de la " diplomatie européenne " et du rejet de " l’unilatéralisme américain ", " lâcher " Israël, voire désinscrire le Hamas de la liste européenne des organisations terroristes (proposition en cours), ou encore se désolidariser des Etats-Unis, comme le préconisent certains représentants occidentaux de mouvances pro-arabes et tiersmondistes, ne calmera pas plus l’hydre islamiste des Ahmadinejad et consoeurs que les accords de Munich ne dissuadèrent Hitler de poursuivre ses forfaits. * Alexandre del Valle, géopolitologue, est notamment l’auteur de l’essai " Le totalitarisme islamiste à l’assaut des démocraties ", et du " Dilemme turc, les Vrais enjeux de la candidature d’Ankara", paru aux éditions des Syrtes.

Parallèlement, et cela vaut à la fois pour l’Irak, ou le Hamas, les Etats-Unis et Israël sont une fois de plus accusés d’être des " va-t-en-guerre ", des " ennemis de la Paix e du dialogue " et sont de plus en plus isolés et critiqués dans leur volonté de réduire la menace chiito-khomeyniste et ses émules que sont le Hamas et le Hezbollah.

Il ne faudrait pourtant pas s’y méprendre : exonérer l’Iran d’Ahmadinejad, refuser de sanctionner la République des Mollahs au nom de la " diplomatie européenne " et du rejet de " l’unilatéralisme américain ", " lâcher " Israël, voire désinscrire le Hamas de la liste européenne des organisations terroristes (proposition en cours), ou encore se désolidariser des Etats-Unis, comme le préconisent certains représentants occidentaux de mouvances pro-arabes et tiersmondistes, ne calmera pas plus l’hydre islamiste des Ahmadinejad et consoeurs que les accords de Munich ne dissuadèrent Hitler de poursuivre ses forfaits.

* Alexandre del Valle, géopolitologue, est notamment l’auteur de l’essai " Le totalitarisme islamiste à l’assaut des démocraties ", et du " Dilemme turc, les Vrais enjeux de la candidature d’Ankara", paru aux éditions des Syrtes.


Retour...



© 2014 - Europe & Orient

Retour à la page d'accueil Plan du site