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L'Europe et le Proche-Orient, où allons-nous ?   15/02/2006

Libertyvox a publié une analyse éminente et réaliste, de Monsieur Jean-Gérard Lapacherie, sur les Chrétiens d'Orient. 
(http://www.libertyvox.com/une.php#)
Faisant partie de ces chrétiens qui ont déjà quitté leur patrie d'origine, je ne peux que l'en remercier et le louer pour ce cri du cœur et de la raison. Son analyse n'en devient que plus actuelle, au moment où les églises brûlent en Irak, l'Arménie se trouve sujette, de la part du gouvernement turc à un embargo, la Turquie cherchant à l'encercler et à l'affamer par ses alliances centre asiatiques et turcophones, le Liban, sujet du " droit d'ingérence " occidental, depuis trente ans, a perdu son Etat de droit en faveur d'un Etat dirigé par une pensée unique, où les voix chrétiennes ont été marginalisées.
Monsieur Lapacherie a appelé à écouter les exilés. En faisant partie, je réponds à son appel en faisant entendre ma voix, surtout en ce qui concerne le présent et l'avenir.

Roger AKL, 
secrétaire général de l'Institut Tchobanian

L'Europe et le Proche-Orient, où allons-nous ?

1 - La situation générale.

Après la deuxième guerre mondiale, l'Europe affaiblie quitta les pays du Proche-Orient. Ces derniers, indépendants, cherchèrent à imiter son système, en créant des partis politiques et idéologiques, là où il n'y avait pas de monarchies. L'Arabie saoudite, gouvernée par une monarchie wahhabite d'un islam très conservateur, s'allia aux Américains. L'argent du pétrole lui paya l'appui de la plus grande puissance mondiale et lui donna un pouvoir extraordinaire pour répandre un islamisme virulent dans le monde entier et surtout dans les pays arabes. En Iraq et en Egypte, les monarchies dites constitutionnelles furent renversées par des militaires sous couvert de " nationalisme arabe " et de démocratie. Nationalisme arabe et démocratie devinrent, partout au Proche-Orient, une excuse pour la dictature de la majorité musulmane et du parti unique. Les minorités y perdirent beaucoup de leurs libertés et commencèrent à émigrer. Parmi eux, mon épouse arménienne, dont la famille avait fui Istanbul, entre les deux guerres, et s'était installée en Egypte. Tout alla bien pour eux, durant la monarchie, certains même travaillaient pour le roi et étaient devenus ses compagnons de chasse. Mais après le coup d'état des militaires " nationalistes laïques ", les Egyptiens commencèrent à les harasser en les accostant dans la rue avec des quolibets et en leur disant de " retourner chez eux ". Mon épouse et ses parents étaient égyptiens, nés en Egypte et avaient fui leur patrie d'origine, la Turquie. Où devaient-ils aller ? Ils firent leurs demandes d'émigration aux Etats-Unis, mais la situation en Egypte était devenue si insupportable qu'ils vinrent attendre leurs visas au Liban. Ce fut là que je rencontrais ma future femme.

Seul parmi les pays dits arabes, le Liban était gouverné par une association de communautés religieuses, partageant équitablement le pouvoir et celle qui deviendra mon épouse, trompée par mon assurance d'officier de marine libanais, préféra rester avec moi au Liban, dont le climat, les us et les coutumes ressemblaient tellement à ceux du pays dont elle avait été chassée.

2 - Le Liban.1

Le Liban avait toujours eu un statut spécial sous l'empire ottoman, malgré les oppressions, les combats et même un génocide voilé et oublié durant la première guerre mondiale. Génocide voilé car les troupes turques, sous l'excuse d'alimenter l'effort de guerre, raflèrent tout le blé de la montagne libanaise et le tiers de la population mourut de faim. Déjà un tiers de la population libanaise avait été éliminé par massacres et émigration forcée, au XIXème siècle, à tel point que les descendants des chrétiens libanais émigrés sont aujourd'hui dix à quinze fois plus nombreux que ceux qui habitent encore le Liban.

Le mandat français, entre les deux guerres, apporta aux Libanais de tous bords, démocratie, instruction et apprentissage au partage du pouvoir entre les différentes communautés. C'était la première fois que les chrétiens n'étaient pas traités en " dhimmis ".

En 1943, la Grande-Bretagne était la puissance de fait qui organisa des élections libanaises donnant la majorité aux demandeurs d'indépendance, parmi eux des chrétiens. Bien sûr, les chrétiens craignaient le retour au statut de minoritaires, mais les musulmans les convainquirent en leur accordant un partage du pouvoir à leur avantage, comme " garantie " de leurs libertés. Qui ne veut pas être indépendant ? Ce fut le pacte de 43.

En 1947, la Palestine fut divisée entre Israéliens et Arabes et les guerres du Proche-Orient entre deux religions divines attribuant toute cette terre, en même temps aux musulmans et aux juifs s'égrenèrent l'une après l'autre. Le Liban était un nain pris entre deux géants qui se battaient pour la même terre. Les Palestiniens furent chassés deux fois de leurs terres et beaucoup se réfugièrent au Liban, donnant aux sunnites libanais, puissance démographique, puissance armée et appui des Arabes. Israël était appuyé par les puissances occidentales contre les Arabes, tandis que les Palestiniens et les sunnites libanais étaient appuyés contre l'Etat libanais, par ces mêmes occidentaux, à cause du pétrole arabe et de l'alliance séculaire des anglo-saxons avec les sunnites de l'empire ottoman. C'étaient les germes de la fin du Liban.

Sous couvert de nationalisme arabe, une première révolution eut lieu au Liban contre l'Etat libanais en 1958. Le résultat en fut la répartition confessionnelle des charges de l'administration entre musulmans et chrétiens. Le Liban passa d'un partage politique du pouvoir à un partage clanique de l'administration et de l'armée libanaise. Les guerres israélo-arabes se succédèrent, les Palestiniens augmentèrent leurs pouvoirs au Liban, appuyés par ce qu'on a appelé le front islamo-palestino-progressisste.

Les guerres du Liban commencèrent en 1975, date à laquelle je fus envoyé à Washington DC comme assistant de l'attaché libanais des Forces armées. Les Palestiniens, qui étaient qualifiés de terroristes, par les Américains, quand ils cherchaient à reprendre leurs terres en Israël, étaient devenus, pour ces mêmes Américains, des résistants qui se battaient contre les chrétiens " privilégiés " de l'Etat qui les avait accueillis et nourris. C'était parce que le " génie " de Kissinger avait planifié un " échange " entre les terres musulmanes de Palestine, appuyées par le pétrole arabe et l'alliance saoudienne avec l'Amérique, contre les terres chrétiennes du Liban. On voulait résoudre le problème israélo-arabe sur le dos du petit Liban. Ce qui était impossible, car la terre de Palestine est Wakf musulman (donné par Dieu) et la terre du Liban " appartient en tous cas aux Arabes et aux musulmans ", car elle a été conquise par eux, il y a des siècles : Toute terre conquise devient pour toujours terre d'islam. Ainsi, l'Espagne, le Portugal, la Grèce, les Balkans le sont toujours et doivent revenir à l'islam. Comme on le voit, la Turquie est toujours européenne " de droit divin ".

Les guerres qui avaient commencé au Liban, en 1975, furent couronnées en 1990, par une constitution donnant le pouvoir à la Syrie à Taëf, en Arabie saoudite. En effet, la constitution de Taëf, dictée par les Américains, les Européens et les Saoudiens, avait enlevé tout pouvoir au président chrétien de la république, pour le répartir entre le conseil des ministres (toutes confessions), le président du conseil sunnite et le président chiite du parlement. Elle avait été édictée par la menace et des incitations financières à un Parlement réuni inconstitutionnellement en terre étrangère. Taëf est donc une constitution non constitutionnelle.

En 2005, le président du conseil sunnite fut assassiné, la Syrie fut chassée du Liban, mais les puissances occidentales exigèrent que les élections de 2005 se fassent suivant une loi électorale piégée, conçue sous la pression syrienne, en l'an 2000, et qui marginalisait les Chrétiens. Aujourd'hui, nous avons de nouveau le front islamo-progressiste de 1975 qui gouverne le Liban. Que s'est-il donc passé ? Il faut revenir à la stratégie occidentale au Proche-Orient avant et après le 11 septembre 2001.

3 - La politique occidentale contre l'Union soviétique.

Le Proche-Orient était divisé, entre alliés des Américains, comme la Turquie et l'Arabie saoudite, et les nationalistes arabes alliés à l'Union soviétique. Il y avait ensuite l'Iran devenu islamiste grâce à l'appui américain à l'ayatollah Khomeini. La place manque pour parler de la Turquie, faisant partie de l'OTAN, que les Américains veulent faire adhérer à l'Union Européenne, pour des buts et des missions bien expliquées ailleurs.2 Je parlerai donc de l'influence du Proche-Orient arabe sur la politique américaine et de son alliance avec l'islam intégriste.

Déjà depuis 1974, les Américains, s'étant rendu compte qu'ils ne pouvaient pas vaincre l'Union soviétique de l'extérieur, à cause de l'équilibre nucléaire, s'étaient entraînés à utiliser la religion pour la faire imploser de l'intérieur. Ils avaient commencé avec Chypre, puis avec le Liban et enfin avec l'Iran du Shah.3

Ce fut ainsi que l'Arabie saoudite, son idéologie religieuse et son pétrole furent utilisés dans ce but. Ben Laden fut embauché, les Taliban et les islamistes afghans furent utilisés pour faire sauter le régime communiste d'Afghanistan. En 1990, les Taliban étaient toujours les alliés des Américains et les Saoudiens poursuivaient leur propagande religieuse en Europe et dans le monde. L'Union soviétique ayant été déjà battue, l'intégrisme, allié des Américains, ne pouvait avoir d'autre but que de déstabiliser l'Europe, rivale économique future. Le 8 mars 1992, le New York Times publie un rapport stratégique du Pentagone, dirigé par Monsieur Paul Wolfowitz, où il est écrit : " notre principale mission consiste à faire en sorte qu'aucune superpuissance rivale ne puisse émerger en Europe de l'Ouest… "4

Ce fut alors qu'eut lieu le " dommage collatéral " du 11 septembre 2001. Les Américains avaient, que ce soit par leur ignorance de l'islam ou volontairement, sorti le djinn intégriste de la bouteille. Mais leur alliance avec Israël contre les intérêts arabes et musulmans, et leur attaque contre l'Irak musulman, en utilisant la terre sainte de l'Arabie, l'avaient rendu furieux.

Ce fut à ce moment-là, que le président Bush dit dans un de ses discours qu'il allait faire en sorte que les ennemis de l'Amérique s'entretuassent. Qui étaient d'après lui les ennemis de l'Amérique ? Ce n'étaient pas les Saoudiens, car, juste après le 11 septembre, un avion plein de ressortissants saoudiens quittait l'Amérique, malgré l'interdiction de vol décrétée, par le gouvernement US, sur tout le territoire américain.

4 - Le 11 septembre et l'occupation de l'Irak.

Bien sûr, l'Afghanistan et les Taliban furent les ennemis " déclarés ", mais les Américains n'y utilisèrent que moins que 10.000 de leurs soldats. Le grand ennemi des Américains, d'après la quantité et la qualité des troupes débarquées sur le terrain, fut le Baath irakien de Saddam Hussein, le dictateur sanguinaire et laïque. Même là, les troupes utilisées étaient insuffisantes pour empêcher le chaos et les Américains le savaient, d'après les nombreux ouvrages et témoignages publiés par la suite. On aurait pu penser que les Américains eussent voulu profiter du 11 Septembre pour encercler l'Iran et occuper des positions avancées en Asie centrale, aux portes de la Chine et de la Russie, et dans le Golfe pétrolier. Mais L'encerclement de l'Iran fit l'effet d'un boomerang et les troupes américaines se trouvent maintenant embourbées dans des sables mouvants irakiens où elles ont besoin de l'Iran et de la Syrie pour pouvoir se libérer d'une guerre coûteuse et dangereuse.

L'Iran a pu alors se permettre de poursuivre son programme nucléaire sans danger d'être attaqué, tandis que la Russie et la Chine ont joint leurs forces, face à l'envahissement américain de leur " étranger proche ", et ne peuvent que profiter des ennuis américains en Irak, en appuyant l'Iran et la Syrie. La bataille américaine officielle, contre l'intégrisme sunnite d'Al Qaida, s'est transformée en une bataille générale, contre les intégristes sunnites en Irak, l'Etat iranien gouverné par un Etat islamique chiite, allié au Hezbollah libanais et à la Syrie. L'histoire se complique encore plus quand on sait que l'Iran et l'Amérique appuient ensemble les chiites d'Iraq, contre la révolte intégriste sunnite, tandis que la Syrie alaouite cherche son chemin entre les partis islamistes chiites irakiens majoritaires et son arabité, entre un désir d'amadouer les Américains et sa crainte d'une hégémonie israélienne sur tout le Moyen-Orient, hégémonie appuyée totalement par les mêmes Américains. J'espère que cette description montre le chaos généralisé résultant de l'occupation américaine de l'Irak. Le chaos était-il voulu ? Pourquoi ?

5 - Les bénéfices du chaos et de l'intégrisme.

Les Américains sont les descendants culturels des Anglais. La Grande Bretagne avait pour politique de provoquer toujours une guerre sur le continent européen pour empêcher l'émergence d'une puissance maritime capable de lui contester la maîtrise des mers. Nous avons vu plus haut comment Monsieur Paul Wolfowitz exprimait le projet stratégique des Etats-Unis. Les Etats-Unis sont une île continent, protégée de milliers de nautiques d'océan du continent eurasiatique. Le chaos généralisé au Proche-Orient aurait plusieurs avantages :

51 - Il mettrait toutes les puissances eurasiatiques sur la défensive, surtout celles qui ont en leur sein des populations musulmanes, rendues dangereuses par l'intégrisme propagé et financé par l'allié saoudien des Américains.

52 - Les prix du pétrole augmentant, les finances des pays pétroliers du Moyen-Orient, alliés et clients des Américains augmentent et ils peuvent ainsi financer la stratégie américaine de propagation de l'intégrisme dans le monde. L'Europe serait balkanisée, surtout après l'adhésion de la Turquie qui s'islamise de plus en plus, et aurait ainsi toujours besoin de l'aide du grand frère américain. Enfin, les nouveaux concurrents économiques de l'Amérique, la Chine et l'Inde, en plus des problèmes posés par les pays islamiques voisins et leurs propres populations musulmanes, ils auraient des problèmes économiques dus à l'augmentation des prix du pétrole, augmentation compensée pour les Américains par les achats massifs d'armements nécessités par les guerres sectaires entre Arabes et musulmans.

53 - Car, l'intégrisme diviserait les Arabes et les musulmans en confessions et ethnies rivales et ennemies comme cela se passe actuellement en Irak et commence à déstabiliser tout le monde arabe, dont l'Egypte, la Syrie et le Liban.

54 - Quant à l'allié israélien, il était supposé profiter des divisions arabes, pour devenir l'arbitre qui séparerait les belligérants.

6 - Le résultat des faux calculs.

61 - Dans les territoires palestiniens, les dernières élections apportèrent au Parlement une majorité du mouvement Hamas intégriste et traité de terroriste par Israël et l'Occident. Toutes les possibilités de paix semblent annulées car le dialogue est refusé avec un mouvement dont la charte proclame l'élimination d'Israël. Il y aura séparation forcée sans paix. Mais les murs pourront-ils empêcher les actes terroristes, contre Israël, alors que la technique a permis de détruire les tours de New York, malgré les milliers de nautiques d'océans qui devaient protéger l'Amérique ?

Entre-temps, les chrétiens de Palestine, pris entre deux feux, ont émigré en masse vers l'Europe et les Etats-Unis.

62 - L'Iran a élu un président et une majorité intégriste et poursuit son programme nucléaire. L'Arabie saoudite, qui a financé la bombe pakistanaise, suivra-t-elle le même chemin pour se protéger et protéger les Etats du Golfe ?

63 - L'Egypte, où les Frères musulmans ont montré leur force, perd de plus en plus ses minorités chrétiennes, dont les propriétaires originaires coptes, qui avaient ouvert leur porte aux envahisseurs arabes au VIIème siècle, car ces derniers leur avaient promis la liberté religieuse.

64 - La Syrie, gouvernée par le parti laïque Baas, est en train de s'islamiser de plus en plus. Les Américains, en voulant renverser le gouvernement sont en train, volontairement ou par ignorance, d'y favoriser une guerre sectaire ou l'arrivée d'un gouvernement intégriste.

65 - Le Liban ne peut qu'être influencé par ce qui se passe en Syrie et est déjà déstabilisé. Les chrétiens y ont perdu leur influence modératrice et la bataille politique a commencé entre les partis sunnites et chiites.

66 - Ces batailles entre confessions musulmanes ne peuvent que prendre les minorités chrétiennes en otages, comme l'ont montré les attaques nombreuses sur les églises en Irak. Les seules minorités chrétiennes importantes se trouvent actuellement en Syrie et au Liban. Elles finiront par être éliminées si on n'y prenait pas garde. Mais tout cela est relativement limité, quand on pense à la guerre de religions mondiale qui se prépare.

7 - Conclusion : Le siècle de l'unité ou des divisions religieuses.

Ce siècle a débuté par une guerre d'un genre nouveau : d'un côté l'Occident nucléaire, riche et puissant, doté d'armées ultramodernes, confondu avec la civilisation judéo-chrétienne, de l'autre une nébuleuse terroriste, appelée islamiste et confondue avec les masses musulmanes. Ce conflit en cache un autre, inavoué et voilé dans le subconscient des masses, dont les croyances, les traditions, les us et les coutumes sont basés sur les trois religions monothéistes, originaires du Moyen-Orient. Ce conflit s'envenime et laisse prévoir plusieurs autres, tous à base religieuse. Il y a entre autres :

1) - La guerre islamo-christiano-juive mondiale, sous forme de terrorisme et d'actions anti-terroristes diverses dont les occupations, les emprisonnements, les oppressions...

2) - Le conflit américano-irakien, inclus dans le premier, et qui débouche sur des conflits religieux et ethniques entre Irakiens.

3) - Le conflit judéo-musulman pour la Terre sainte.

4) - Les conflits régionaux entre les différentes confessions musulmanes chiite, sunnite, druze, alaouite...

5) - Le conflit en gestation entre l'Iran chiite et les pays du Golfe dirigés par des sunnites.

6) - Les conflits libano-syrien, libano-israélien et libano-palestinien et entre Libanais de toutes confessions.

La liste est beaucoup plus longue et universelle. Elle pourrait encore s'allonger. Tant qu'il n'y aura pas de dialogue véritable et franc entre ces trois religions et entre confessions à l'intérieur de chacune d'entre elles, ces conflits ne peuvent que s'envenimer et se répandre. Il y a déjà un dialogue islamo-chrétien et un judéo-chrétien, mais ils restent timides, polis, superficiels et en deçà de la franchise nécessaire. Ce qui sépare est le non dit :

Un vrai dialogue devrait être une recherche commune de la vérité, comprenant les raisons des méfiances, des craintes, des haines mutuelles et des divisions, dans la liberté des consciences plutôt que dans des déclarations mensongères affirmant que toutes les religions recherchent la paix et l'amour entre les humains, cachant toutes les batailles, les conflits qui les ont séparées et les oppressions mutuelles qui en ont résulté, sans oublier certains versets guerriers et conquérants de certaines religions. Il est demandé que :

(1) - Les chrétiens acceptent de discuter de la divinité du Christ, considérée comme polythéiste par le judaïsme et l'islam. Ils devraient aussi s'expliquer sur les croisades, l'inquisition, le colonialisme et les crimes du XXème siècle, surtout la shoah.

(2) - Les musulmans devraient accepter de s'expliquer sur la conquête musulmane des pays de l'Empire byzantin et d'Europe et les oppressions des non musulmans qui ont suivi. Ils devraient surtout expliquer les conséquences des versets, dits temporels du Coran, relatifs au pouvoir et aux lois politiques, économiques et sociales de l'islam, surtout celles concernant le pouvoir, les libertés religieuses, les femmes et les relations avec les non musulmans. Ils devraient accepter de discuter des origines du Coran et surtout de la possibilité d'une interprétation nouvelle de ses lois temporelles : sont-elles universelles et éternelles, comme en a décidé un calife du Moyen-âge (XIème siècle) ou simplement édictées pour le temps du prophète Mahomet et le pays qu'il a gouverné, donc dépassées et aptes a être corrigées ? Cela est vital pour les relations entre l'islam et les non musulmans, surtout l'Europe qui se prépare à accueillir la Turquie.

(3) - Les juifs devraient aussi accepter de s'interroger sur le fait que Jésus-Christ pourrait bien être le Messie attendu et prévu par les prophètes de l'Ancien Testament et que la promesse de Dieu au peuple juif a bien été accomplie. Ce qui rendrait les problèmes des lieux saints moins explosifs et moins difficiles à résoudre.

Un pays serait le plus qualifié à débattre de ces sujets compliqués, délicats, sensibles, mais vitaux, c'est le Liban. Il vient d'acquérir une nouvelle indépendance et contient de grands penseurs musulmans et chrétiens, passés et présents. Pourquoi ne pas le transformer en énorme université théologique, philosophique, politique et pratique, dans laquelle musulmans, chrétiens et juifs de toutes confessions viendraient du monde entier pour discuter ensemble et en toute liberté de leurs croyances ?

Pour cela, le Liban devrait être un pays neutre et avoir une constitution démocratique et laïque séparant le politique du religieux et permettant ainsi un débat ouvert et libre sur tous les sujets. Que risquent les religions en acceptant cela, la perte de leurs ouailles libanaises ? Que sont moins de deux millions de chrétiens ou de musulmans pour des religions dépassant le milliard chacune ? Par contre ces religions auraient un tremplin médiatique universitaire, à partir duquel promouvoir leur foi et leurs croyances. Quant aux juifs libanais, ils se comptent par milliers et ont déjà émigré. Un Etat pareil les encouragera à revenir et à participer à l'essor culturel, économique, politique et théologique commun.

Car un dialogue, des discussions, des débats libres et même des études et des recherches sur les trois religions du Dieu unique permettraient une compréhension et un rapprochement mutuels qui apporteraient, à défaut d'unité, la paix des cœurs et la confiance entre humains, fils d'un même Père. Ils seraient un préliminaire à la paix entre Israël et ses voisins.

Déjà Beyrouth avait été le centre universitaire de l'Empire byzantin, faisant la synthèse des droits orientaux et romain. Pourquoi le Liban ne deviendrait-il pas un centre d'études et de recherches comparatives sur les trois religions monothéistes et leurs nombreuses confessions? Ces études et ces recherches seraient appliquées aux Libanais, expérimentées par eux et étendues au monde, à commencer par les voisins israélien, palestinien, syrien et irakien. Le canon et les voitures piégées pourraient alors se taire et laisser la place à des joutes scientifiques et universitaires.

Notre siècle actuel sera-t-il le siècle de l'unité entre les humains ? Est-ce utopique ? Bien sûr, toute recherche de paix est utopique et c'est quand même le but des religions. "Rien n'est impossible à Dieu", à condition que l'homme accepte de mettre la main à la pâte.

1/2/2006

www.tchobanian.org 
rogerakl@wanadoo.fr

1) Lire Cri d'un Chrétien d'Orient, écrit par Roger AKL sous le pseudonyme de Jérémie Jonas, Editions Sigest, Alfortville, 2004.
2) Lire : 
–Alexandre Del Valle et Emmanuel Razzavi, Le Dilemme turc, éditions des Syrtes, Paris, 2005.
–Jean Sirapian et Roger Akl, Livre Blanc Europe - Turquie un enjeu décisif, éditions Sigest, Alfortville, 2004. 
–Sirapian & Akl, revue Europe et Orient : "Europe quelles frontières ?" Idem, 2005. 
–Sirapian & Akl, Europe et Orient : " Chaos", idem, 2006.

3) Lire Cri d'un Chrétien d'Orient, écrit par Roger AKL sous le pseudonyme de Jérémie Jonas, éditions Sigest, Alfortville, 2004.
4) Idem, P. 221.


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