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ULTIME TENTATIVE POUR SAUVER LE REGIME SYRIEN A TRAVERS LE LIBAN ?   31/08/2005

ULTIME TENTATIVE POUR SAUVER LE REGIME SYRIEN A TRAVERS LE LIBAN ?

par Fadi Assaf

Quatre officiers libanais ont été interpellés le 30/08 et mis à la disposition de la commission d’enquête internationale chargée du dossier Hariri. Il s’agit du commandant de la Garde présidentielle le général Moustapha Hamdan, de l’ancien chef de la Sûreté générale le général Jamil Sayyed, de l’ancien chef des renseignements militaires le général Raymond Azar et de l’ancien commandant des FSI le général Ali el-Hajj. L’ancien député Nasser Kandil a été entendu par les enquêteurs puis relâché.

Les officiers libanais interpellés avaient déjà été interrogés par la commission d’enquête internationale. Ils sont arrêtés aujourd’hui comme " suspects " comme tient à le préciser le Premier ministre haririen Fouad Siniora. A Beyrouth et à Paris, on parle d’un tribunal international pour juger les officiers libanais. En attendant, le chef de la mission d’enquête de l’Onu M. Mehlis doit encore trouver des " preuves " pour transformer les " suspects " en "coupables ".

A l’évidence, l’enquête internationale prend l’allure d’une ultime opération de sauvetage du régime syrien : elle est en train de se cantonner dans le " libano-libanais ", avec éventuellement une implication syrienne " non politique ", pour éviter une déstabilisation du régime alaouite à Damas qui serait alors légitime en cas d’implication " politique ".

A l’évidence aussi, les opposants au président libanais Emile Lahoud profitent de la confusion générale autour de l’évolution de l’enquête pour exiger son départ. Ces opposants, en fait d’anciens collaborateurs de la Syrie au Liban (les Hariri, " argentiers " de l’occupation, Joumblatt et le PSP, " artificiers " de l’occupation…), sont réunis à Paris autour de Saad Rafic Hariri pour se soustraire au chaos libanais (ironie du sort : ces néo-opposants aux Syriens critiquaient le résistant Michel Aoun pour avoir " fui " à Paris, lui qui était " condamné " et non seulement " menacé ").

Ils préparent une nouvelle offensive politique contre le président Lahoud (dont seul le commandant de sa garde le général Hamdan compte parmi ses " proches ", les autres étant proches des généraux syriens Ghazi Kanaan et Rustom Ghazalé, anciens gouverneurs militaires syriens du Liban), et commencent à alimenter toutes sortes de rumeurs sur l’identité de ses successeurs potentiels : Robert Ghanem, Johnny Abdo… Les candidats de Joumblatt et de Hariri pour la présidence de la république ont en commun d’être soumis politiquement à la majorité islamo-progressiste (laquelle en 1975 s’était rangée aux côtés des Palestiniens pour renverser le régime), et dépendant financièrement des Hariri.

Le vide laissé par l’évacuation des troupes d’occupation syriennes attise toutes sortes d’ambitions politiques légitimes. Mais ce vide attise surtout toutes sortes de convoitises qui visent la nature même du régime. L’occupation syrienne a étouffé le Liban, son économie, sa vie culturelle…, et poussé les Libanais (surtout les Chrétiens) à quitter…Mais elle a préservé, dans l’intérêt du régime alaouite syrien bien entendu, les principales structures institutionnelles du pays, en fait celles pouvant garantir l’association des Chrétiens (devenus minoritaires à coups de naturalisations et d’exode) à la gestion des affaires du Liban. Et c’est justement sur ce dernier point que les néo-opposants s’acharnent aujourd’hui, dans l’espoir d’obtenir l’application forcée des accords de Taëf, arbitraires et déséquilibrés au détriment des Chrétiens, et le " renversement " de l’ancien régime pour instaurer la " nouvelle " république, celle-là même que la résistance chrétienne a empêché d’émerger en 1975…

La lutte de Joumblatt et de Hariri, lesquels s’allient facilement au Hezbollah et au mouvement Amal chiites et farouchement pro-syriens, est ainsi une lutte de pouvoir et non de principes, encore moins une lutte indépendantiste. Les vrais indépendantistes sont ceux qui bravaient l’occupation et ses relais locaux (qui avaient pour noms Joumblatt, Hariri, Berri…), et qui se retrouvent aujourd’hui à nouveau en ligne de mire (des néo-opposants), résistant au Liban, dans l’espoir de contenir l’offensive islamo-progressiste pour le pouvoir.

Les indépendantistes " de la dernière heure " ont été les premiers à reprendre la route de Damas (le PM haririen F. Siniora n’a pas attendu plus de 24 heures après le vote de confiance au Parlement pour se rendre à Damas, suivi par le mufti sunnite de la république M. Kabbani…, alors que W. Joumblatt tente désespérément d’obtenir un rendez-vous à la présidence syrienne). Ils seront les premiers à exiger des " relations privilégiées " avec la Syrie, ce type de relations qu’ils ont eux-mêmes imposées à leurs concitoyens chrétiens au cours des 15 dernières années au risque d’effacer 6.000 ans d’histoire.

L’opération de repêchage du régime syrien (l’appel lancé le 29/08 à la Syrie par le président Jacques Chirac dans son discours devant les ambassadeurs français ne va-t-il pas dans ce sens ?) passe-t-elle nécessairement par le renversement du statu quo politique qui garantissait encore aux minorités (le ministre français des A.E. Ph. Doute-Blazy défendait le 30/08 le respect des minorités… en Irak !) une contribution aux affaires de la nation ? Les Chrétiens (minorité estimée à 17% par le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah le 28/08) seront-ils condamnés à faire de la figuration aux côtés de " sponsors " nourris (culturellement et idéologiquement aussi) aux écoles saoudienne et iranienne ?

31 Août 2005


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