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La solution est dans la fédération   30/05/2005

Géorgie, Arménie et Azerbaïdjan
La solution est dans la fédération

Jean V. Guréghian

Depuis leur récente indépendance, survenue avec la disparition de l’Union Soviétique, les trois républiques du Caucase, la Géorgie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan, sont confrontées (elles ne sont d’ailleurs pas les seules) à de grosses difficultés qu’elles tentent, chacune de son coté, de surmonter tant bien que mal.

Ces trois pays avaient autrefois, par deux fois, connu l’expérience d’une fédération. Ces fédérations se sont dissoutes, la première, la plus courte, a durée d’avril 1917 à mai 1918. Celle-ci, appelée « Transcaucasie », fut créée après le retrait et l’abandon des Russes du front du Caucase, pendant la Première Guerre mondiale. Elle fut dissoute avec l’invasion de la Transcaucasie par les troupes turques ottomanes et les proclamations d’indépendance des trois Etats. La seconde, la « Fédération transcaucasienne », fut reconstituée avec l’Union soviétique. Elle a duré jusqu’en 1936, date à laquelle les trois pays sont redevenues des républiques au sein de quinze républiques socialistes soviétiques (dominées bien évidemment par la toute puissante Russie).
Dans ce monde de plus en plus « mondialiste », où même des grands pays comme la France ou l’Allemagne ne peuvent plus vivre sans alliance, une troisième tentative de fédération pour les trois pays de Transcaucasie serait peut-être souhaitable. Jamais deux sans trois !...

Une fédération pourrait aussi, pourquoi pas, aider à résoudre les conflits sanglants liés au Haut-karabakh, à l’Ossétie du Sud et à l’Abkhazie (elles appartenaient, à l’époque soviétique, à l’Azerbaïdjan et à la Géorgie). Exemple : le Haut-karabakh, qui est source d’âpres conflits entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, pourrait entrer dans la fédération en tant que « région autonome » (c’était d’ailleurs son statut à l’époque soviétique) sans spécifier son appartenance à l’Arménie ou à l’Azerbaïdjan.
Ces trois pays auraient tout à gagner en créant une fédération ou, tout du moins, en créant un système d’union suffisamment solide, à l’exemple de « l’Europe des six » des années 50. Elles sont toutes les trois à peu près d’égales puissances mais néanmoins faibles, prises séparément et par rapport à leurs grands voisins. 

En revanche, en s’alliant, avec une superficie de 186 000 km2 et une population qui avoisinerait les 20 millions d’habitants, cette fédération (ou union) représenterait déjà une puissance respectable qui serait mieux prise en compte par ses voisins et par les grandes puissances. Le raisonnement est simple, il suffit d’observer le développement spectaculaire des pays de l’Europe occidentale depuis la création du Marché commun (base de l’Union Européenne) pour se convaincre.
Et le fait d’être des pays de forces égales rendrait une possible union beaucoup plus équilibrée que celle d’un petit pays avec un grand (où le petit reste toujours à la merci du grand).
Sans doute, les Etats-Unis, la Russie ou la Turquie verraient d’un mauvais œil la création d’une telle union car la Transcaucasie est une région qui est convoitée depuis la nuit des temps. La Russie lutte pour ne pas y perdre son influence et les Etats-Unis mettent tout en œuvre pour déloger la Russie. Est-ce un hasard ? Les Etats-Unis viennent de construire à Erevan l’une des plus grandes ambassades jamais construite dans le monde. C’est une véritable ville forteresse de 90 000 m2 ! Quelle démesure !

N’oublions pas que les Géorgiens, les Arméniens et les Azéris ont vécu durant des siècles ensemble, sur un même territoire et en bonne entente. Le grand poète et troubadour Sayat Nova (1712 – 1795), né et mort à Tbilissi, est à lui seul le symbole d’amitié entre ces trois peuple, puisqu’il écrivait et chantait dans les trois langues, arménienne, azéri et géorgienne.
Ce n’est qu’à la fin du 19e siècle, avec l’entreprise d’extermination des Arméniens par les Ottomans que furent artificiellement attisées les haines raciales et surtout religieuses. Et l’on sait malheureusement comment cette extermination a été scrupuleusement appliquée par les Turcs de 1894 à 1922. Même la Russie tsariste a exploité ces haines en provoquant, en 1905, dans le Caucase, des affrontements sanglants entre Arméniens et Azéris (diviser pour mieux régner, c’est bien connu).

Il serait souhaitable que les dirigeants actuels de Géorgie, d’Arménie et d’Azerbaïdjan, surmontent leurs divergences et leurs réticences en prenant l’exemple de ce qui fut fait entre les six pays d’Europe occidentale (hier encore farouches ennemis) lorsqu’ils créèrent la Communauté économique européenne (CEE) en 1957. Ils bâtiront ainsi une solide union (à défaut de fédération) entre les trois pays. Chacune pourra, néanmoins, comme dans l’Union Européenne, garder ses particularités.

Entre le pétrole de l’Azerbaïdjan, l’agriculture de la Géorgie, l’industrie de l’Arménie, l’accès à deux mers, à la route de la soie, etc., on pourrait écrire un livre entier pour énumérer tous les avantages qui résulteraient d’une telle union pour chacun des trois pays .

Mais la plus belle victoire ne serait-elle pas celle… de la paix ?


Le 30 mai 2005     

Editorial paru dans La Lettre de l'ADL (mai-juin 2005)


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