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L’antisémitisme dans les médias turcs   1/07/2005

Les citoyens juifs de Turquie pour cible

source : memri.org

1 Juillet 2005

L’antisémitisme dans les médias turcs 
(3ème partie) : 

Les citoyens juifs de Turquie pour cible.

Ce troisième rapport se focalise aussi sur les articles de certains intellectuels et journalistes turcs qui se sont élevés contre cette poussée d'antisémitisme. L'antisémitisme dans les médias turcs ne vise pas seulement les Juifs en général, mais aussi les citoyens juifs de la République turque, comme en témoignent les extraits que nous publions ci-dessous. Les juifs (et leur Grand Rabbin) sont insultés, accusés d'espionnage, de déloyauté et de trahison. Blâmés pour avoir détruit l'empire ottoman, commis le "génocide" arménien, pour avoir conspiré et mené de sordides complots contre le pays, pour avoir établi un régime laïque "anti-musulman", pour être riches et influents. L'organisation islamiste terroriste IBDA-C, qui a revendiqué les attentats contre les deux synagogues d'Istanbul, le 15 novembre 2003, distribue gratuitement ses publications violemment antisémites dans toute la Turquie.. Des journalistes, des intellectuels turcs tentent certes de s'opposer à cette vague. Ce qui ne l'empêche pas de déferler…

"Comme des insectes, les juifs ont dévoré l'empire ottoman"

Le 4 février 2005, dans le "Milli Gazete" (quotidien du mouvement islamiste Milli Gorus ), l'éditorialiste Fahri Guven écrit: "(…) "Les Ottomans ont sauvé les Juifs des mains des chrétiens qui les assassinaient, ainsi que les musulmans, en Andalousie. Quand la Russie et la Hongrie ont persécuté les juifs, une fois de plus, ce sont les Ottomans qui les ont sauvés. Des mains de Hitler, qui était lui-même un Juif caché (…), les Turcs ont également sauvé les Juifs. Dès le départ, les Ottomans ont témoigné de leur hospitalité en offrant aux juifs les plus belles maisons le long du Bosphore, dans la zone la plus luxueuse d'Istanbul.

En retour, et conformément à leur (nature) sauvage et traîtresse, (les Juifs) ont renversé le sultan Abdulhamid et détruit les Ottomans. Comme des insectes, ils ont dévoré l'empire ottoman. Et comme si cela ne suffisait pas, ils ont poignardé dans le dos les soldats musulmans turcs en Palestine. "Judaïsme" et "traîtrise" sont synonymes (…). Les Juifs ont même trahi Dieu (…). Quand Dieu leur a demandé de baisser la tête en entrant à Jérusalem, ils y sont entrés avec la tête rejetée en arrière. Des prophètes comme Zaccharie et Isaïe, qui leur avaient été envoyés, ont été assassinés par les juifs (…). En fait, aucun nombre de pages ne suffirait à expliquer les versets du Coran et les paroles de notre Prophète nous racontant les trahisons des Juifs".

"Hitler n'a pas fait assez contre ces Juifs…"

Le 13 février 2005, dans le quotidien ultra-nationaliste "Ortadogu" (proche du Parti Nationaliste qui a participé dans le passé à plusieurs coalition gouvernementales), l'éditorialiste Selcuk Duzgun écrit: "Salomon est sur son lit de mort. Il interroge sa femme au sujet de tous les membres de la famille, et veut savoir s'ils sont présents. Quand sa femme le rassure, lui disant que tous ceux qu'il aime sont à ses côtés, il entre dans une grande colère et leur reproche d'avoir déserté la boutique".

Voici un exemple clair de ce qu'est un vrai Juif. Quand nous rigolons des blagues sur les Juifs, eux-mêmes s'amusent en trompant le monde entier.

(…) O mon peuple naïf, qui en a élevé tant parmi eux, et a donné à tant une identité. Vous avez sauvé, protégé et nourri tant parmi eux (…) et ils ont établi des plans pour ce pays et continué leur marche vers (leur) "Terre promise". Nous les appelons maçons, sabbateistes, Rotariens, et ils dirigent notre pays. Quel que soit le nom que nous leur donnons, la vérité est là: ce sont des JUIFS. Nos sommes cernés. Où que nous regardions, nous voyons des traîtres. Où que nous allions, nous voyons de faux convertis, impurs. Quelle que soit la pierre que vous retournez, il y a un JUIF en-dessous d'elle. Et nous continuons à penser en nous-mêmes: "Hitler n'a pas fait assez contre ces Juifs…".

"Au Grand Rabbin de Turquie: "Si vous n'arrêtez pas Sharon, les paroles anti-juives pourront devenir des actions anti-juives!"

Le 26 août 2004, le quotidien islamiste "Vatik" (dont la diffusion a été interdite en Allemagne en février 2005) lançait une offensive contre le Grand Rabbin de Turquie. Un grand titre, à la une: "Le Grand Rabbin (Haleva) est indifférent à la cruauté de Sharon". Un article s'en suivait, accusateur: "Le Grand Rabbin qui a critiqué notre écrivain Abdurrahim Karakoc n'a jamais rien dit au sujet des massacres perpétrés par Israël, qui prennent l'ampleur d'un génocide".

Le lendemain, "Vatik" poursuit sa campagne: "Toujours pas un mot du rabbin". Et de rapporter les propos du député (AKP) Huseyin Tanriverdi: "L'attitude du Grand Rabbin refusant la liberté de conscience est mauvaise. Ceux qui se disent des hommes, en particulier des hommes de foi, ne peuvent rester silencieux face à la sauvagerie en Palestine. M.Haleva doit condamner les massacres inhumains d'Israël".

"Vatik" rappelle aussi les questions auxquelles il ordonne au Grand Rabbin de répondre: "Considérez-vous que Hitler était cruel? Considérez-vous que Sharon est cruel, sachant que les massacres qu'il commet sont similaire à ceux commis par Hitler à l'encontre des Juifs? Condamnez-vous l'agression, par des soldats israéliens, de civils palestiniens? Monsieur Haleva, si vous n'arrêtez pas Sharon, les paroles anti-juives pourront devenir des actions anti-juives!".

Les diatribes de "Vakit" se poursuivent le 29 août 2004, sous la plume de Ilhan Toprak: "Mustafa Basoglu, président de l'Union des travailleurs turcs, a critiqué le Grand Rabbin de Turquie, lui reprochant d'avoir été perturbé par la comparaison, établie par Karakoc, entre Hitler et Sharon. En tant que chef religieux, Izak Haleva doit faire le nécessaire pour arrêter Sharon. Sinon, les voix qui s'élèvent contre les Juifs pourraient devenir des actions. Pour empêcher cela, le Grand Rabbin doit arrêter Sharon".

La veille, le 28 août, le même Vatik avait publié les déclarations de plusieurs responsables turcs s'en prenant au Grand Rabbin Haleva. Parmi ceux-ci, les députés Atilla Maras (AKP, ancien président de l'Association des écrivains turcs), et Nurettin Aktas (AKP).

Le 2 septembre 2004, l'éditorialiste Nurettin Sirin écrivait, toujours dans le même quotidien: "(…) Premièrement, le Grand Rabbin qui utilise ses synagogues comme bases sionistes doit savoir qu'aucun juif n'a le droit de donner de leçons en matière de droits de l'homme aux fils des Ottomans. Ces Juifs qui ont fuit les massacres en Espagne et ont trouvé refuge grâce à la tolérance des Ottomans, n'ont commis que traîtrises et complots sur le territoire ottoman (…). Ceux-là ont toujours tenté 'd'israéliser' l'empire, y important leurs traîtrises à travers des organisations sionistes.

Avec l'aide des francs-maçons et des clubs Lions et Rotary, et des conspirateurs dans les champs de la politique, de l'université, de l'économie, des médias et de l'administration, ils ont tissé une "toile sémite" sur cette géographie musulmane…

"Un complot kurdo-juif contre la Turquie"

Le 24 juin 2004, dans le grand quotidien laïc et libéral "Aksam", l'éditorialiste Sakir Suter écrit: "Les Juifs (de Turquie) ont aussi des amis (…). "Aujourd'hui, nous sommes toutefois sur le point d'écrire "avaient" plutôt que "ont". Car un grand "pourquoi" assaillit les esprits de ceux qui, jusqu'à présent, ne voyaient pas les Juifs comme des ennemis. Ils ont l'obligation de nous montrer (…) qu'ils ne complotent pas contre nous avec des éléments (kurdes) au Nord de l'Irak (…). Israël tente de camoufler les preuves du complot israélien anti-turc dans le nord de l'Irak, démontré même par les médias étrangers (…). Nous leur offrons une dernière chance avant de déclarer, officiellement et ouvertement, que les Juifs sont nos ennemis".

"Les États-Unis infectés par un cancer juif"

Le 23 décembre 2004, dans le quotidien nationaliste "Once Vatan", l'éditorialiste, Suat Gun, apporte son grain de sel en rappelant un livre du général Cevat Rifat Atilhan intitulé: "Suzi Liberman, l'espion juif": "Cevat Rifat Atilhan était un officier très apprécié du grand Ataturk. Son unité avait participé à d'importantes batailles pendant la Première guerre mondiale. Quand le conflit israélo-arabe a commencé, en 1948, il s'était engagé avec 300 volontaires et avait réussi à reprendre une colonie juive à l'ennemi. Cevat Rifat Atilhan était un patriote qui avait informé l'opinion publique turque de la menace juive (…).

Aujourd'hui, l'opération d'espionnage que mènent les Juifs au sein de l'administration américaine est comme un cancer qui s'est généralisé, détruisant le système gouvernemental américain. En réalité, les États-Unis sont infectés par un cancer juif: les Juifs apporteront sa mort, son annihilation ou sa destruction".

"Massacre de Beslan, 11 septembre, barbarie en Irak: les Juifs sont partout! Cognez, cognez, autant que vous le pouvez. Cognez autant que vous le voulez"

Le 12 septembre 2004, le quotidien kemaliste "Aksam, Ayse Onal" choisit le mode de la dérision pour protester contre la déferlante anti-juive dans la presse turque. Son article s'ouvre par une enfilade de poncifs rapportés dans les journaux du pays:

"335 enfants et enseignants ont été assassinés à Beslan par les Juifs. La barbarie du 11 septembre était un complot juif. La société turque et ses valeurs ont été détruites par les Juifs. Ce sont les Juifs qui coupent les têtes en Irak. Ils sont tellement aveuglés par la haine, qu'ils assassinent même des Juifs. Ce sont eux qui ont mis des bombes devant leurs propres synagogues. Et quand des membres de leur famille meurent, ils versent de faussent larmes.

Les Juifs sont comme des sacs d'entraînement à la boxe. Cognez, cognez, autant que vous le pouvez. Cognez autant que vous le voulez, sans honte ni culpabilité. De toute manière, il ne reste que 15 000 juifs en Turquie, et ils n'ont pas de voix à faire entendre. Les Juifs sont un prétexte vivant pour dissimuler l'immoralité, la sauvagerie, les mensonges. Si vous mettez un Juif là où il y a barbarie ou fraude, vous avez résolu le problème. Et sachant très bien ce qui pourrait les attendre, personne n'a le courage de demander: où sont les droits de l'homme et la non-discrimination en fonction de la race ou de la religion?".

"Une synagogue nauséabonde sur la terre des prophètes"

Le 9 mai 2005, dans le quotidien islamiste "Milli Gazete", Burhan Bozgeyik écrit: "Nous nous sommes rendu dans la ville de Canliurfa pour visiter des amis et des frères. Avant de pénétrer dans la ville, nous sommes allés directement dans le jardin du révéré père de Hajji Halil. Nous y avons accompli nos prières, et nos jeunes frères sont tous venus pour nous témoigner leur hospitalité. Nous étions sur les lieux où Ibrahim (Abraham) a vécu. Nous nous devions de visiter la grotte où il est né. Nous nous sommes donc rendus à la mosquée de Dergah et y avons accompli nos prières (…). Sur le chemin du retour, notre guide nous dit: "Regardez là, regardez cette synagogue. Nous avons regardé: un bâtiment impressionnant. "Toute la région a été expropriée, ce parc sera étendu pour que la synagogue soit bien visible", dit-il.

Quand nous avons vu la synagogue, toute la joie que nous avions a disparu. J'ai oublié le beau jardin, le banquet magnifique, la mosquée. À la place, l'effrayante bâtisse se dressait devant nos yeux comme un fantôme. Que fait une synagogue dans cette terre des Prophètes? (…)"

"Juifs et chrétiens n'iront pas au Paradis"

Toujours dans "Milli Gazete", le 13 avril 2005, l'éditorialiste Burhan Bozgeyik englobe les chrétiens dans sa haine des juifs: "Certains, dans ce pays, commettent des erreurs dans la manière dont ils traitent avec les chrétiens et les Juifs. De telles erreurs nuisent, non seulement à ceux qui les commettent, mais aussi à tous les jeunes musulmans de cette terre et, directement ou indirectement, à ce pays.

En tête de ces erreurs, viennent le respect et la révérence dont ils font montre envers les chrétiens et les Juifs (…). C'est une erreur de les inclure dans les programmes de rencontres, de les laisser parler, de les applaudir ou de rapporter leurs propos dans les journaux (…). C'est une erreur grave et terrifiante (…). C'est une erreur que de soi disant professeurs, penseurs et intellectuels fassent des déclarations "sympathiques" envers les chrétiens et les juifs. C'est une erreur encore plus grossière que de dire: eux aussi iront au Paradis (…). Les chrétiens et les Juifs, qui ont rejeté notre Prophète et refusé de dire "Mahomet est le Prophète de Dieu", iront en enfer".

18 pages antisémites dans le numéro d'avril du mensuel "Aylik"!: "Les Juifs sont comme une pieuvre dont les tentacules se saisissent de l'Irak, de la Syrie, du Koweït, de l'Egypte et de la Libye"

Le mensuel "Aylik", publié par l'organisation islamiste terroriste IBDA-C et distribué en toute légalité en Turquie, s'est fait une spécialité de l'antisémitisme. Dix-huit pages sont consacrées à cette thématique dans le seul numéro du mois d'avril. Florilège:

Dans un article intitulé: "L'ennemi intérieur et extérieur": Les Juifs sont "une malédiction pour le monde", ils sont ceux qui ont "vendu Jésus aux Romains", et d'ailleurs, Judas était… juif! Ils ont donc "trahi Jésus", mais ils ont aussi "trahi la Turquie, complotant pour y implanter l'adultère, l'immoralité et la destruction". Les Juifs, dit-il aussi, "ont construit Israël dans le cœur de la nation musulmane, près du pétrole et des ressources naturelles, comme modèle réduit de leur empire secret mondial". Bref, ajoute-t-il, les Juifs sont "comme une pieuvre dont les tentacules se saisissent de l'Irak, de la Syrie, du Koweït, de l'Egypte et de la Libye. Ils ont besoin d'une tragédie mondiale pour atteindre leurs objectifs". Et de s'exclamer, pour finir: "Ce sont les Juifs, encore les Juifs, toujours les Juifs!".

Un autre article, de Unsal Zor, annonce tout simplement que "le meilleur juif est un juif mort". On y apprend que "les rabbins ont falsifié la Bible, dissimulé la grandeur et le pouvoir de Dieu, et se sont présenté comme le peuple élu". On y apprend aussi que "Le Talmud ordonne de haïr tous les non Juifs, et si possible de les tuer (…). Un important auteur du Talmud, Maïmonide, a dit qu'il est interdit de sauver la vie d'un non juif, et qu'il est interdit à un médecin juif de soigner un non juif, même s'il est payé pour cela, et à moins que ce fait entraîne des réactions publiques contre les Juifs (…). Puisque le Talmud affirme de tels faits, nous disons à notre tour: personne ne doit verser une seule larme quand un juif meurt. Le meilleur juif est un juif mort".

"Pourquoi l'antisémitisme?", se demande Cumali Dalkilic dans la même édition du mensuel. Et de répondre à la question en rappelant que les Juifs sont les ennemis déclarés des Turcs, de l'islam, et du monde entier. Ils sont "dégoûtants par nature" et forment un peuple "éternellement maudit par Dieu et Ses Prophètes". Dalkilic reprend plusieurs pages de Mein Kampf, œuvre de "Hitler le héros", "le cerveau qui a compris le problème juif", ainsi que de larges extraits des Protocoles des Sages de Sion. Il s'achève, cela va de soi, par une négation de la Shoah qui aurait fait, "tout au plus", 130 à 150 000 victimes.


note: la totalité de cet article, partie1, partie2 et partie3, en anglais, se trouve sur nos pages anglaises


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