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L’islam et l’utilisation de la force   11/07/2005

L’islam et l’utilisation de la force

par Roger AKL

Je viens de recevoir une lettre d’un ami citant l’AFP du 6 Juillet. Il est étonné que des autorités religieuses musulmanes réunies à Amman par le roi Abdallah II de Jordanie aient dénoncé la légalisation de l’assassinat des musulmans, pour des raisons religieuses, et n’aient rien dit sur l’assassinat des non musulmans. En lisant plus avant la nouvelle de l’AFP, on peut comparer le discours du roi Abdallah II avec la décision des religieux. Abdallah limite moins son discours au seuls musulmans, mais il ne parle pas des non musulmans. Il dit que les assassinats ternissent l’image de l’islam :

"Les divisions entre les fils de l’oumma (nation musulmane), les actes de violence et de terrorisme pratiqués par certains groupes et organisations ... ne correspondent pas aux principes et à l’esprit de l’islam", a dit le roi.

Comparons cela avec une phrase du cardinal Poupard à Sarajevo : " C’est notre conviction : la haine, le fanatisme religieux et le terrorisme profanent le nom de Dieu et défigurent l’image authentique de l’homme " (il ne se limite pas aux chrétiens).

Pourquoi cette différence ? Le christianisme est une religion spirituelle. Le Christ a heurté son temps car il est venu enseigner aux hommes à dépasser la lettre de la Loi pour n’en garder que l’Esprit " Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés " et " Je vous enverrai l’Esprit qui vous fera comprendre tout… ". C’était une invitation a utiliser son intelligence et à évoluer.

En islam, non seulement la Lettre du Coran est Parole de Dieu qui ne peut pas être changée, mais encore son interprétation (ijtihad) a été fixée une fois pour toutes au Moyen Age. De même cette Parole de Dieu a été compilée et écrite par des êtres humains au temps du calife Osman, compagnon du prophète (ont-ils vraiment reproduit le sens voulu par Dieu ?). On en déduit plusieurs conclusions (je demande ici aux musulmans de pardonner à un infidèle ses incompréhensions non voulues) :

  1. Le Coran est une compilation des ordres obligatoires et autoritaires de Dieu et n’accepte pas d’être discuté. Ces ordres de Dieu comprennent à la fois le spirituel et le temporel (politique, social, militaire, matrimonial, civil…). L’islam est donc à la fois religion et Etat (Din wa Dawla). C’est ainsi que le roi Abdallah l’a exprimé plus haut.
  2. Depuis le Moyen Age, il n’accepte même pas d’être interprété. Ce qui fait que les ordres de Dieu ont été fossilisés par l’être humain qui a interdit ainsi l’évolution de l’interprétation humaine de la parole de Dieu. Pourtant, Dieu sait que l’homme doit évoluer et, empêcher un renouvellement de l’interprétation de sa Parole, c’est empêcher l’évolution du croyant. C’est là, à mon humble avis, la raison de la décadence des pays musulmans après la fermeture de la porte à l’interprétation du Coran.
  3. En islam, l’égalité entre les hommes est assurée par leur égalité dans la foi : " Il n’y a de différence entre un Perse et un Arabe que par la foi ". C’est pour cela que les religieux musulmans réunis à Amman n’ont pas parlé des assassinats des non musulmans. Ils cherchaient à diminuer les divisions entre musulmans de la " oumma ", plutôt qu’à les augmenter. Est-il ou n’est-il pas permis de s’attaquer aux civils des Etats qui attaquent la " oumma " en Palestine, en Iraq et dans les autres lieux de l’islam ?
  4. Ce qui était recherché par le roi Abdallah, les religieux d’Egypte et ceux d’Arabie saoudite était surtout de se protéger de l’ire du parti intégriste, car Egypte et Jordanie sont en paix avec Israël " ennemi de l’islam et des Arabes " et sont, comme l’Arabie saoudite, alliés des Etats-Unis et de l’Occident qui attaquent les islamistes en Afghanistan et occupent l’Irak.

En conclusion, il est sûr qu’il y aura toujours incompréhension entre les occidentaux et les musulmans tant qu’on cherchera de part et d’autre à ne pas tenir compte des croyances des uns et des autres. Nous adorons peut-être le même Dieu, mais nous le voyons différemment. De plus, il y aura toujours danger dans la vie en commun, car l’islam est aussi Etat et nation dont les lois peuvent être différentes et même contradictoires avec la laïcité. C’est pour cela que la Turquie a toujours besoin de la force pour l’appliquer et que le Liban cherche encore sa voie.

Un premier pas devrait venir des religieux musulmans qui devraient trouver un moyen d’ouvrir de nouveau la porte à l’interprétation de leur Livre saint. Ils croient qu’il vient de Dieu et Dieu est le Vivant. Sa parole ne peut et ne doit pas être fossilisée.

11 juillet 2005
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