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Pour sauver le Traité, la France doit s'opposer à l'adhésion de la Turquie   8/06/2005

Hervé de Charette (UMP) : " Pour sauver le Traité, la France doit s'opposer à l'adhésion de la Turquie"
http://fr.news.yahoo.com/050608/295/4gbzb.html

A l’occasion d’un colloque organisé aujourd’hui à Sciences-Po, Hervé de Charette évoque les conséquences du vote du 29 mai. L’ancien Ministre des Affaires étrangères et actuel Président du Groupe d’amitié France-Turquie de l’Assemblée Nationale estime que la France pour sauver le Traité doit impérativement s’opposer à ce que débute le 03 octobre le processus d’adhésion de la Turquie.

Hervé de Charrette, bonjour. Le Traité constitutionnel a-t-il vécu ?

Je ne pense pas qu’il faille le considérer comme mort et j’ajoute que nous pouvons dans l’immédiat, nous Français, donner un signal fort à nos partenaires en tentant de sauver ce qui peut l’être. Nous pouvons commencer par exemple par faire la distinction dans ce Traité entre ce qui relève de la partie proprement constitutionnelle, la Partie I et tout le reste. Je pense que tout le monde peut s’entendre sur cette partie du Traité. Le Gouvernement doit entamer une large consultation des partis politiques et des personnalités qui se sont exprimées dans la campagne pour le oui comme pour le non et voir s’il est possible de ratifier cette partie d’ici la fin de l’année. Nous pourrions ainsi montrer à nos partenaires que nous n’avons pas l’intention de paralyser le processus européen.

Quels sont les facteurs qui ont pesé selon vous dans le refus des Français de voter ce texte ?

Il y a bien sûr des raisons de politique intérieure et le mécontentement très fort à l’égard du Gouvernement Raffarin. Mais les Français ont également voté « non » parce qu’il souhaitaient une Europe qui soit moins technocratique et plus sociale. Ils ont aussi voulu montrer leur mécontentement vis à vis de la manière dont avait été mené ces dernières années l’élargissement de l’Union aux pays de l’Europe centrale et orientale. Beaucoup ont eu l’impression de se retrouver devant un processus décidé de manière clandestine sans qu’on leur demande véritablement leur avis. Enfin la question turque a joué un rôle fondamental pour une très grande partie de l’opinion. Les Français ont eu l’impression là encore que la messe avait été dite. Cette question est restée présente tout au long de la campagne dans l’esprit de nombreux électeurs.

Sur cette question Nicolas Sarkozy n’a cessé de répéter durant la campagne que la Constitution constituerait un verrou à l’entrée de la Turquie en Europe. Maintenant que le Traité a été refusé, cette intégration est devenue inévitable ?

Non, je ne pense pas ! L’UMP lors de son Conseil national il y a un an s’est clairement prononcé contre l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Le problème est venu avec l’attitude du Président de la République qui s’est prononcé de son coté pour cette intégration. Ce désaccord a jeté un trouble dans l’opinion publique. Il a fourni aux adversaires du Traité un argument important tout au long de la campagne. Il faut être clair sur cette question.

Avant de poursuivre toute intégration de l’Union, il faut régler cette question turque ?

Si nous voulons sauver ce traité, il faut d’abord mettre un terme au processus d’adhésion de la Turquie qui doit débuter de manière officielle le 03 octobre prochain. Je demande instamment à Dominique de Villepin de déclarer à l’Assemblée Nationale que le Gouvernement s’opposera à ce processus. Deuxièmement, il est urgent de dire à nos partenaires que l’adhésion rapide de la Roumanie et de la Bulgarie n’est pas non plus souhaitable. Ces deux pays sont en Europe ! C’est incontestable ! Mais il est préférable que ces adhésions soient retardées tant que nous ne sommes pas sortis de la crise dans laquelle nous nous trouvons.

La France ne risque t-elle pas de se retrouver isolée parmi ses partenaires sur cette question ?

Je ne crois pas du tout cela. Plusieurs pays partagent cette opinion et nous devons faire comprendre à l’ensemble de nos partenaires que c’est à l’heure actuelle le seul moyen de sauver le Traité constitutionnel. La négociation en octobre ne pourra pas avoir lieu si la France s’oppose au processus d’adhésion. Je vous rappelle que des négociations d’adhésion ne se déroulent pas entre un pays et l’Union, mais entre un pays et 25 états membres. Si un seul d’entre eux est hostile à un tel processus, les négociations ne peuvent pas débuter.

Sylvie Goulard dans son dernier livre « Le Grand Turc et la République de Venise » estime que la France a été à la remorque de l’Allemagne sur cette question. Vous partagez cette opinion ?

Non. Je pense que le Président de la République a eu très tôt une position affirmée sur cette affaire. Le Gouvernement de Gerhard Schröder c’est vrai est depuis longtemps favorable à cette adhésion. Mais l’opposition allemande de la CDU, par la voix de Angela Merkel a aussi montré son hostilité à ce que la Turquie entre en Europe. C’est important dans la mesure ou les Conservateurs peuvent revenir au pouvoir en Allemagne dans quelques mois.

Les Turcs souhaitent une certaine intégration à l’espace européen. Quelle solution alternative peut-on leur proposer ?

Il est grand temps de lever l’ambiguïté sur cette question qui a produit des effets désastreux en Europe et qui empoisonne les relations avec nos amis turcs. Nous devons clarifier les choses et dire la vérité. Il faut dire que la Turquie ne peut pas adhérer à l’Union parce qu’elle ne fait pas partie de l’Europe. Sur cette base nous pourrons alors établir les relations les plus étroites possibles avec la Turquie. Nous appelons cela le « Partenariat privilégié ». Nous voulons établir une relation forte et étroite avec ce pays parce que nous avons des intérêts communs avec celui-ci. Nous ne sommes pas destinés à faire partie du même ensemble politique. Mais nous sommes des voisins et des amis.

Quel est l’avenir du couple franco-allemand dans l’Europe élargie ?

C’est vrai que le couple franco-allemand est très affaibli aujourd’hui. Gerhard Schröder et sa majorité viennent de perdre le Land de Rhénanie-Westphalie tandis que le Président de la République a également subi un sérieux revers avec le rejet par les Français du Traité constitutionnel. L’autorité nationale mais aussi européenne des ces deux responsables politiques est donc particulièrement entamée. Le couple Franco-allemand pèse aujourd’hui moins qu’il ne le devrait. Mais l’Europe aura besoin dans l’avenir du couple franco-allemand. C’est un élément important de la stabilité européenne même s’il n’est plus suffisant. Il faut qu’autour de cette entente s’agrègent d’autres pays comme l’Espagne, l’Italie, la Pologne ou le Benelux. S’il n’y a pas cela, le couple franco-allemand apparaîtra comme une tentative de domination qui exaspérera les petits pays de l’Union.

8 juin 2005

Propos recueillis par Mathieu Guilsou pour Yahoo ! Actualités 


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