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Le TCHART à la trappe   16/05/2009

Le TCHART à la trappe

L’annonce d’un accord arméno-turc, baptisé « feuille de route » excluant la question de la reconnaissance du génocide des Arméniens en 1915, préalablement à toute négociation, scénarisé fâcheusement l’avant veille du 24 avril 2009, a ouvert une brèche béante dans la grande famille de l’Arménité.

Après 94 ans d’attente, la nouvelle n’est pas bonne. Elle risque de sonner le glas d’un âge d’or fondé sur l’utopie d’une unité inaltérable entre tous les Arméniens de la planète et aura très vite le goût amer des lendemains qui déchantent.

Les Arméniens entretenaient jusqu’ici des relations supposées aller au-delà d’œuvres caritatives, éducatives ou culturelles en tant que descendants d’un peuple multiséculaire, parlant la même langue, possédant la même culture, une même foi, une même Histoire, une même Cause, les mêmes battements de cœur d’un même peuple en deuil.

Un cordon filial semblait lier indéfectiblement le « YERKIR » (le Pays)  et sa Diaspora (Spuyrk), lesquels de manière consanguine composaient une Identité Nationale Arménienne moderne.

En faisant l’impasse de l’opinion de quelque cinq millions d’Arméniens descendants directs des victimes du génocide de 1915 - « Le TCHART »1 - force de constater que ce mythe s’est effondré.

Cette absence de participation aux accords contre-nature, rédigés en catimini, explique à elle seule une somme de concessions inacceptables, que ne sauraient cautionner les difficultés économiques indiscutables, une politique de voisinage d’isolement indéniable et autres ingérences internationales en tous genres.

Devant cette mise à l’écart, la Diaspora a le devoir impérieux de tirer la sonnette d’alarme tout en évitant une opposition frontale avec le pouvoir arménien. Plus que jamais, il apparaît nécessaire de renforcer une ossature arméno-arménienne défaillante, par-delà les diverses chapelles.

On voit d’ailleurs mal comment le « YERKIR » pourrait bâillonner longtemps une diaspora, « SPUYRK », qui refuse que la reconnaissance préalable du génocide passe par pertes et profits, qui n’accepte pas d’être court-circuitée sur le combat le plus crucial de son Histoire : « Le TCHART » appartient de toute évidence autant à l’Arménie qu’à la diaspora, parce qu’il touche tous ses enfants sans exception, sans discrimination et sans partage.

Certes, lever l’embargo, reconnaître le tracé des frontières, rétablir des relations diplomatiques, relancer le commerce et lutter contre la misère… constituent autant de questions qu’on ne saurait sous-estimer.

Il n’empêche !

Les principes directeurs qui président à notre réflexion sont dramatiquement simples :

1.  Nous n’espérons rien de rencontres de pseudo-historiens turcs aux ordres programmés à revisiter « Le TCHART ».
2.  La métaphore « feuille de route » nous rappelle désagréablement la déportation subie par nos anciens – « l’AKSOR »2 -  elle constitue une blessure supplémentaire indigne.
3.  L’absence de la diaspora à ces accords nous laisse désemparés : elle sonne comme « un déni de fraternité » déplorable et symboliquement insensé. Elle prouve que le pouvoir arménien regarde la diaspora comme étrangère à la Cause sauf à la considérer comme pourvoyeuse exclusive de dons, legs et autres œuvres humanitaires ou pécuniaires…
4.  C’est parce que nous sommes tous totalement arméniens que nous sommes tous totalement concernés. Chaque arménien où qu’il se trouve, porte non seulement sa part mais la totalité de ce terrible héritage. C’est ensemble, solidaires et unis que nous gagnerons une Cause commune et juste, parce que c’est ensemble que nous sommes plus forts.
5.  Au total, ce « compte » oriental inique, fait de calculs, de marchandages et d’arrières pensées résonne comme un piège machiavélique parce que, à la fois :

a)  Il évacue la question de la reconnaissance préalable du génocide arménien par la Turquie.
b)  Il se double de l’exclusion aux négociations de la diaspora, désormais dépossédée de ses droits et devoirs historiques envers ses Aïeux.
c)  Il équivaut à une intrusion turque dans la vie politique interne arméno-diasporique en forme de « cheval de Troie » et à une récidive de la mainmise ottomane sur le destin des Arméniens.
d)  Il autorise la poursuite de l’Omerta turque qui transforme notre impossible deuil en permanents combats.
e)  Il dressera, tôt ou tard, l’une contre l’autre l’Arménie et sa diaspora et à l’intérieur de chaque entité les Arméniens entre eux.

En conclusion, la diplomatie turque loin de faire contrition, gagne ainsi sur tous les tableaux. Elle va pouvoir montrer un visage de Madone à la face de l’Europe et du Monde.

L’heure est donc à la mobilisation générale et à l’invention d’un partenariat modèle, salutaire entre Arméniens.

Notre Peuple de l’ombre, tous nos suppliciés d’ADABAZAR à BROUSSE, de ZARA à VAN, BITLIS, SIVAS, MOUCH, ADANA, en passant par ZEITOUN, SIS, MARACH, ERZEROUM, TREBIZONDE et tous les Autres enfouis dans leurs sanctuaires faits de pierres et de sable ne pourraient accepter que l’on vende leur âme au diable pour un plat de lentilles…

Mais rien n’est joué, loin s’en faut !
Ce qu’un gouvernement a fait, un autre le défera !
La vraie lumière comme la plus profonde obscurité viennent toujours de l’intérieur. 

Armand SAMMELIAN
France
16 mai 2009


notes: 
1 Les massacres
2 Déportation


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