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De la guerre à l’image de la guerre   4/09/2007

De la guerre à l’image de la guerre

par Nikos Lygeros 

Un des aspects de la guerre qui a été massivement mis en avant au point d’influencer notre manière de voir et non de percevoir la guerre, c’est la communication. Il est extrêmement rare de trouver une période dans l’histoire de l’humanité où la guerre n’a pas eu un rôle à jouer. Seulement celle-ci se tenait et ce, pendant des siècles, dans un huis clos formel. Peu de personnes avaient accès aux informations réelles et la guerre n’était souvent perçue qu’après coup via ses conséquences dévastatrices. 

Cet effet de l’a posteriori a concentré notre vision sur les effets et non sur les moyens qui n’étaient accessibles qu’aux spécialistes. L’avènement de la communication au sens le plus vulgaire du terme a changé radicalement les choses : L’amplification des événements réels via la communication, les transforme en véritables phénomènes sur lesquels peut aisément travailler tout l’appareil de propagande dans le sens large du terme. Ainsi les stratèges sont obligés désormais de tenir compte des impacts d’un choc militaire sur la communication civile. Dans un premier temps, la présence d’un filtre modérateur a été perçue comme nécessaire. Seulement elle tombe en désuétude à l’heure actuelle car les outils d’information délocalisés sont si puissants que la perte de contrôle n’est qu’une question de temps. L’effet pernicieux de ce changement radical provient du fait que nous passons peu à peu de la notion de la guerre à celle de l’image de la guerre. La communication ne travaille plus sur l’objet mais sur sa projection sans réaliser ou plutôt sans vouloir réaliser la nature dégénérative de ce processus. De plus certaines images de la guerre parviennent à des non spécialistes et le traitement de l’information est biaisé. De cette manière, il est difficile de mettre en évidence l’apport réel de la guerre dans l’humanité. Nous en arrivons à un paradoxe d’ordre herméneutique. La guerre est considérée d’une part comme négative et d’autre part comme nécessaire. Aussi le problème du mal nécessaire apparaît comme central même si dans le fond il s’agit d’un faux problème. 

En effet un élément négatif, s’il est nécessaire dans l’histoire de l’évolution de l’humanité et ce, de manière diachronique possède certainement des schémas mentaux profonds constructifs. La guerre n’est pas seulement une question mais aussi une réponse. La guerre provient aussi de la résistance à une agression, d’un refus de soumission à un pouvoir. Le principe de la collaboration est intrinsèquement pacifiste mais dans le sens négatif du terme. Elle accepte l’agresseur comme une nouvelle donnée sans la remettre en cause par un acte de résistance. Dans ce cadre, nous voyons que la guerre a un caractère défensif incontestable. La bataille d’Angleterre et celle de Crète sont des excellents exemples. Dans les deux cas, la guerre a engendré des sacrifices qui n’auraient pas été considérés comme acceptables dans un cadre où règne la communication. En termes d’image, ces deux actes semblent plus terribles que l’attaque. La résistance engendre des pertes plus grandes et certainement intolérables pour une population non préparée à cela et influençables par la communication de masse. Ce cadre influence la nature de guerre contemporaine. Cela implique aussi une plus forte présence de stratégies positionnelles par rapport à celles qui utilisent des combinaisons. 

Sous l’influence de l’influence de la communication, la guerre s’appuie sur la notion de bataille et effectue une réduction paquet afin de localiser l’impact et engendrer le moins de répercussions.

 

 


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