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Europe ? Retour sur le 29 Mai ...   29/05/2006

Europe ? Retour sur le 29 Mai ...

Image par Cécile Lamotte d'Incamps

29 Mai 2006

Je m'insurge ! 
Je m'insurge contre les interprétations du "NON" au référendum selon lesquelles le "NON" serait,

- un "NON" de peur sociale
- un "NON" en faveur d'un repli souverainiste
- un "NON" contre l'Europe
- un "NON" des "petits" en face du "OUI" des cadres, dirigeants, etc...

Je suis française ET européenne : partie à 18 ans pour un pays de l'Union où j'ai travaillé une vingtaine d'années dans le domaine international. Je parle 4 langues, dont la nôtre. Je veux l'Europe. Mais pas comme ça. Je veux qu'elle ait un sens, un objectif, une identité clairement définie qui fasse envie et que les pays membres sachent pourquoi et à quoi ils adhèrent. Qu'ils en soient fiers. Qu'elle soit une lumière d'espoir, une troisième voie, comme la France l'a été dans le passé.

Ce n'est pas parce qu'on écrit une constitution et qu'on l'envoie à des millions de foyers qu'on est démocrate. Encore faut-il qu'elle soit compréhensible, suffisamment courte pour donner à tout le monde le temps de la lire, y compris et à commencer par les ouvriers et petits employés, comme on dit si mal. Eux dont les difficultés, le rythme de vie leur font tester à tout moment les limites des incantations, promesses et lois émises en haut lieu.

Ce n'est pas parce qu'on écrit une constitution qu'elle garantit la démocratie. Encore faut-il qu'elle respecte la séparation des pouvoirs et prévoie le contrôle de ces derniers. Or, l'irresponsabilité devant le peuple de ceux qui font les lois européennes ne va pas dans ce sens.

La constitution annonce le plein emploi, nous ont seriné les chantres du "oui". Qui peut croire de pareilles promesses ? Où est-il question de plein emploi dans le traité ? Tout au plus, les pays vont essayer de développer l'emploi et les outils prévus seront les rapports qui paraissent par définition avec des retards conséquents et dont on sait bien qu'ils atterrissent dans les tiroirs et auront utilisé l'argent du contribuable.

Combien de temps encore la classe dirigeante nous jettera-t-elle de la poudre aux yeux et s'illusionnera-t-elle au point d'être surpris d'un refus de continuer avec cette méthode ?

Faut-il qu'elle se soit coupée du peuple qui l'a élue – qui lui a donné délégation d'agir – et qu'elle ait inversé les rôles en se comportant comme les patrons de ce peuple dit pourtant souverain dans les vraies démocraties ?

Faut-il que la classe dirigeante, elle, ait peur de son propre avenir au point de confisquer son pouvoir au peuple, elle, dont la majorité des membres, incapables de se reconvertir professionnellement, se cramponnent à leur "emploi" sachant qu'ils ne pourraient vivre dans des conditions "normales", sans les nombreux avantages, prébandes et la reconnaissance sociale "dus à leur rang". Sans parler de l'endogamie de ce microcosme qui a conduit à la surdité profonde que l'on sait.

Les euro- et technocrates qui nous régentent croient sans doute que leurs dernières actions, fonctions ou déclarations effacent par magie les précédentes de nos mémoires.

Tel Monsieur Prodi, qui, pour porter les critères de Maastricht au pinacle et tirer ensuite dessus à boulets rouges en termes peu choisis, n'a vraiment aucun respect pour l'institution qui lui procure son revenu mensuel.

Monsieur Raffarin, alors Premier ministre de la France, justifiait son diktat du "oui" par le fait qu'il ne fallait "pas rater la chance d'avoir une Europe à la française" ? Est-ce là son idée de l'Europe ?

De son côté, la BCE va continuer à faire cavalier seul, déconnectée de tout pouvoir, de tout contrôle, avec un président déjà partisan du Franc fort qui nous a valu quelques déboires et vit doublement aux frais du contribuable européen.

Que dire de Javier Solana ministre des Affaires étrangères de l'Europe avant l'heure ? Où sont ses collègues des Finances, des Transports ?

Pendant cette campagne, trop courte au regard de la complexité du sujet, il n'a pas été question de ce qui se trame dans les coulisses de l'Europe, par exemple l'existence et les avancées de l'AGSC, évoquée une seule fois par une radio nationale il y a longtemps déjà. Selon le journaliste-enquêteur, aucune des personnes interrogées, y compris des ministres en exercice ou passés, n'en connaissaient l'existence ! Or, il s'agit de la privatisation des services publics qui font partie du domaine régalien des états.

La précipitation avec laquelle le nouveau gouvernement français a été annoncé "cul par-dessus tête" fait immanquablement penser qu'un vent de panique traverse les salons dorés de la République. Qui faut-il sauver : l'économie, les chômeurs et la société française ou le soldat Chirac ?

"N'ayez pas peur !". Il est tentant de retourner à Jacques Chirac sa mémorable injonction aux jeunes lors de son débat sur TF 1. Au fond, ne s'adressait-il pas davantage à lui même qu'à son public d'un soir, lui qui a fait sauter tant de ses fusibles qu'il met les deux derniers, notoirement reconnus comme antinomiques, aux manettes au risque de tout faire imploser avant peu, y compris lui-même ? Un tel comportement de l'"Après moi, le déluge" ressemble à s'y méprendre à la description pointue que fait André Glücksmann du nihiliste à la lumière de la littérature russe (in "Dostoïevski à Manhattan").

En face, devant le verdict des urnes, François Hollande ressort le même discours déçu, mauvais joueur et accusateur du petit garçon gâté à qui on avait cassé son joujou du 21 avril 2002. Belle injure au libre arbitre des électeurs de gauche ou autre que de rendre Laurent Fabius, certes manoeuvrier notoire qui se cherche, responsable à lui tout seul de leur "NON".

La peur est humaine. Conscience, réflexion, sens des responsabilités sont le propre de l'être l'humain et lui permettent de surmonter ses peurs. Au lieu de cela, les réactions de l'"élite" autoproclamée de nos gouvernants passés et présents sont des réactions de repli sur soi. Devant ces exemples qui viennent d'en haut, comment convaincre les citoyens que la justice est rendue et qu'il faut assumer ses responsabilités ? Les remparts sont renforcés autour du donjon alors que l'heure est à la renaissance et aux édifices aux larges baies ouvertes sur le monde. Bel exemple que celui-ci qui vient d'en haut.

Les médias ont admiré à juste titre la chute pacifique du Mur de Berlin, la révolution de velours, la révolution orange. Le "NON" du président de la République française à la guerre en Irak a été jugé audible, recevable, admiré. Inversement, le "NON" du peuple sème réprobation et trouble. "(Liberté), Egalité, (Fraternité)" ?

Le "NON" est catalogué en bloc comme étant de gauche. Cette étiquette simplificatrice est confortable : elle évite de se poser des questions dérangeantes sur le "NON" des électeurs du centre et de droite qu'on renvoie au néant. Malgré qu'on en ait, ces questions et ces électeurs cependant subsistent.

Ce "NON" que j'ai mis dans l'urne, sans avoir jamais voté à gauche et depuis longtemps déçue par "la droite la plus bête du monde" depuis des années, ce n'est certainement pas pour organiser les obsèques de l'Europe, comme le disait le chroniqueur d'une radio nationale.

Ce "NON" veut dire : "arrêtons-nous, réfléchissons et repartons de l'avant sur de nouvelles bases dé-mo-cra-tiques et respectueuses des populations". Non, l'Europe n'est pas au bord du gouffre : elle en a vu bien d'autres et va amorcer une remontée. A son rythme. Qui n'est pas celui du zapping.

Il est urgent de se hâter avec lenteur. Quelle idée de se donner 100 jours (ou 36 ou 1 000), que personne (personne ?) ne demande, pour montrer des résultats sur une situation globale aussi grave ! Le haut fonctionnaire oscille entre Napoléon et le rendement des employés du privé. Ce n'est certainement pas ce type d'efficacité que l'on attend du Premier ministre de la France.

Quoi qu'il en soit, tant de mépris pour cette révolution française du 29 mai, déterminée et pour une fois pacifique, est saisissant. Or, nous avons tout simplement pris au pied de la lettre les nombreuses exhortations – justifiées – à aller voter, à exprimer mécontentement ou désapprobation par cette chance qui nous est donnée de mettre notre bulletin dans l'urne.

"Ca va craquer, on va droit dans le mur". Qui n'a pas entendu cette phrase depuis un ou deux ans partout dans le pays ? Le craquement a eu lieu. Cependant pas sous la forme attendue. Pire, il est le fruit d'une réflexion nourrie à l'épreuve de la vie quotidienne de la plupart des citoyens. Horreur, il a provoqué par sa calme fermeté plus de "stupeur et tremblements" dans le microcosme, décidément en retard de quelques trains, que si on avait ressorti la guillotine et dressé des barricades. Je suis fière du peuple dont je fais partie et m'en réjouis. Cela ne veut pas non plus dire que ce "NON" ait été une décision facile.

Après avoir tant pleuré sur l'Euro trop fort plombant nos exportations (et mentionné si peu l'allègement de la facture pétrolière), on veut nous faire pleurnicher sur le prétendu affaiblissement de l'Euro, alors qu'il est enfin revenu à un niveau plus normal. Nos politiques et autres commentateurs, nouveaux "pleureurs à nacelle" à l'instar des romantiques du XIXème, ne seraient-ils pas alors les instigateurs de la morosité ambiante dont ils stigmatisent la France ?

Un gouvernement tourné vers les tenants et du "OUI" et du "NON", pratiquement tous pro-européens, semblait couler de source. Pour le diriger, le DRH du pays a choisi une aigle bicéphale : "OUI" pour le tronc commun, mais vues si divergentes que déjà personne ne tombe sous le charme de ce duo d'antipodistes dont les plumes vont bientôt voler en éclats...

Je m'insurge et enrage, foi de citoyenne, descendante de ci-devants et de révolutionnaires patentés, qui a son idéal républicain chevillé au coeur.

Adresse à ceux qui veulent nous gouverner :

- Dites nous les choses telles qu'elles sont : les annonces visiblement irréalistes entraînent des révisions à la baisse (style PIB) et ne rassurent personne
- Ne cherchez pas à être "optimiste" en dépit des faits : vous passeriez pour des menteurs
- Convainquez-nous par des explications argumentées au lieu de vouloir nous "séduire"
- Construisez de vrais programmes au lieu d'asseoir vos campagnes sur les "petites phrases" et autres piques en direction de vos 
adversaires : vous en sortirez grandis et respectés
- Osez prendre le temps d'élaborer des mesures concertées avec les populations concernées, hors des pouvoirs établis : elles vous éviteront reculades et discrédit
- Rappelez-vous que vous n'avez pas tous les pouvoirs : juste une délégation de pouvoirs à durée déterminée.

Les médias devront changer : le dialogue entre élus et citoyens s'en trouvera assaini.

Cécile Lamotte d'Incamps
Paris (France)


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