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La négation du génocide   14/05/2006

La négation du génocide ...

La négation du génocide est le prolongement de l’entreprise génocidaire. Quelle autre garantie que la loi pourrait prémunir les victimes contre les chantages, les menaces, voire les agressions physiques dont elles font l’objet aujourd’hui ? Forts de cette conviction, nous suivons avec d’autant plus d’inquiétude les manipulations de l’opinion, ainsi que les pressions visant à empêcher le Parlement français d’adopter une loi réprimant la négation du génocide des Arméniens.

Alors que va s’ouvrir à l’Assemblée le débat sur cette proposition de loi, nous ne pouvons qu’être affligés d’entendre certains de nos intellectuels – au demeurant parfaitement informés quant à la réalité de ce génocide – contester le bien-fondé d’une telle loi, au motif que celle-ci restreindrait la liberté de pensée. Nous trouvons injuste de placer sur le même plan la politique négationniste de la République turque et le mouvement pour la défense du droit des victimes, comme si chaque partie était mue par un entêtement comparable. Loin de constituer un obstacle au dialogue entre deux communautés, entre bourreaux et victimes, cette loi constituerait au contraire la protection qui fait tant défaut aux seconds, à l’image, d’ailleurs, de la loi interdisant la négation de l’Holocauste (loi Gayssot). S’il y avait une critique à formuler, celle-ci devrait bien plutôt porter sur les limites de cette loi qui ne couvre pas le Droit des descendants de rescapés de 1915.

A ce propos, qui peut sérieusement prétendre que la loi Gayssot restreint la liberté du chercheur ? Celle-ci n’est pas plus liberticide que ne le serait l’ajout d’un volet pénal à la loi sur le génocide des Arméniens – pas plus qu’il ne serait un handicap sur le chemin de l’intégration de la Turquie en Europe. On comprendrait que tels arguments finissent par induire en erreur une opinion publique qui, comme en Turquie, est quotidiennement soumis au mensonge d’Etat. Mais on comprendrait moins que pareilles démagogies soit prises au sérieux sous des latitudes où la réalité de ce génocide est davantage connue.

Plus que jamais, les diasporas arménienne, assyro-chaldéenne et hellénique se trouvent menacées par une idéologie négationniste de plus en plus affirmée. L’exportation de cette idéologie raciste et nationaliste véhiculée par des organisations extrémistes sur le sol européen a comme objectif de créer en effet une confrontation entre les communautés issues du génocide et la communauté turque. C’est pourquoi la promulgation d’une loi destinée à protéger les droits des descendants de rescapés de 1915 face à la montée du négationnisme procède d’une exigence démocratique. Seule à même de garantir la sécurité de ces populations, elle relève des droits de l’Homme.

Frankfurt, 14/5/2006

Ali Ertem, Bülent Gül, Recep Marasli

Soykirim Karsitlari Dernegi (SKD)*
Contact : Ali Ertem +49 69 5970813

 

* Association Contre le Génocide


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