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Poèmes   24/04/2006

POEMES 
par Prof. N. Lygeros 
sur le thème du Génocide Arménien

La mort des témoins

Dans ce village désert
une seule habitation appartenait encore au passé.
Elle n’avait pas brûlé.
A l’époque, c’était une innocente école.
Désormais c’est une bibliothèque suspectée.

La population du village ignore
les trésors livresques dont elle regorge
et veut s’en débarrasser.
Pour elle, les livres sont subversifs.
Ils contiennent la parole des morts
et connaissent le passé.

Avec le temps, les livres sont devenus
des témoins à charge.
Ils savent les noms des collaborateurs,
ils connaissent le prix de la lâcheté.

C’est pour cette raison que la population
a muré les portes de la bibliothèque.

Même si les livres vivent,
elle a décidé de les oublier.
Afin que personne ne sache la vérité du passé.

Monolithe

Lorsqu'ils frappent la pierre,
Ils torturent notre mémoire.

Lorsqu'ils attaquent nos morts,
Ils assassinent le passé.

Ils savent combien ils sont lâches
Et connaissent le courage du monolithe.

C'est pour cela qu'ils s'en prennent
Au souvenir car ils voient déjà sa puissance,
La puissance de la mémoire.

Seulement, cette fois, nous sommes là
Et l'oubli ne passera pas.

Les morsures de l'or

Il ne restait plus rien des victimes de l’holocauste
c'était du moins ce que pensaient leurs bourreaux.

Ils s’étaient enrichis sur leurs dos,
inconscients car sans conscience.

Ils mesuraient leurs vies à l’once de l’or
car même leurs os avaient été brisés.

Seulement ils ne pouvaient se laver les mains,
l'or les en empêchait.

Leurs doigts étaient rouges
tant les morsures de l’or étaient cinglantes
Car l’or ne désirait qu’une chose :
retrouver les mâchoires édentées,
retrouver les bouches sans lèvres,
retrouver la terre des hommes.

Et tant que leurs mains sales ne seraient pas mortes de la peste noire
il continuerait à les mordre.

Devoir de mémoire

Avant de voir les blessures de la pierre
Nous ne savions pas qu'elle pouvait souffrir.
Nous croyions qu'elle ne pouvait contenir
Que la mémoire ancestrale
Sans savoir
Qu'elle graverait l'avenir.

En apercevant les stigmates de la torture
Nous sûmes que cette pierre
Etait la matière à penser
Non seulement notre histoire
Mais aussi l'avenir
Alors nous devînmes les guerriers de la paix.

La main du dragon

Personne ne savait comment été né le mythe.
Personne ne comprenait comment il avait été écrit.
Personne ne savait comment il était diffusé.

Cinq personnes, pourtant, connaissaient l'histoire.
Elles avaient témoigné
Contre la barbarie de l'oubli.

La main du peuple arménien avait surgi
Pour tracer la voie du dragon.

Le fils de l'innocence

Presque un siècle avait passé
Depuis les terribles évènements
Pourtant à sa grande surprise
Il était encore capable de pleurer
Lorsqu'il évoquait le souvenir douloureux
De l'unique être de son enfance,
Celle qu'il continuait à appeler maman
Malgré ses rides et ses cheveux blancs.
Les bourreaux de sa mère n'y pouvaient rien
Le survivant du génocide était resté Arménien.


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