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De la Guerre des représentions au Jihad anti-occidental   28/03/2006

De la Guerre des représentions au Jihad anti-occidental

Alexandre del Valle 
le 21/03/2006
Article publié dans : Israël Magazine

Le 16 mars dernier, une association turque basée à Bruxelles portait plainte contre le quotidien conservateur allemand Die Welt, coupable d’avoir publié des caricatures du prophète Mahomet et "provoqué la communauté des croyants musulmans d’Allemagne ". Particulièrement susceptible, l’Union des Démocrates turcs européens (UETD), prétendait que la publication avait " mis en danger avec légèreté la paix civile". Cette requête liberticide faisait en fait écho à plusieurs déclarations publiques tout aussi liberticides du Premier Ministre turc R.T. Erdogan, qui a condamné à plusieurs reprises la publication des caricatures et a même proposé de " limiter la liberté d’expression " concernant les religions, notamment l’Islam, ceci au nom de la lutte contre le "blasphème " et " l’islamophobie ".

Le lien entre l’affaire dite des caricatures et la montée de l’islamisme un peu partout dans le monde, de la Turquie à Gaza en passant par le Maroc (où un sondage donne gagnant les Islamistes en 2007) est plus que jamais évident. Raison de plus pour refaire le point sur cette affaire de caricatures qui n’en finit pas de produire ses effets et réactions diverses.

L’Origine du scandale

L’affaire dite des " caricatures " de Mahomet remonte à septembre 2005, lorsque la rédaction du Jyllands Posten apprit que l’auteur d’un livre pour enfants sur le Prophète Mahomet n’avait pu trouver un seul dessinateur acceptant d’illustrer l’ouvrage. Le 17 septembre, en effet, le journal danois Politiken avait publié un article intitulé " Dyb angst for kritik af islam " (Peur profonde de la critique de l’Islam), expliquant l’incapacité pour l’auteur Kåre Bluitgen, de trouver des dessinateurs voulant illustrer son livre sur Mahomet. Face à cette autocensure manifeste, le plus grand quotidien (conservateur) du royaume, le Jyllands Posten, voulut tester la liberté d’expression, valeur fondamentale de la démocratie danoise, proposant, en signe de refus de " l’islamiquement correct ", à une quarantaine de caricaturistes de représenter des portraits du Prophète Mahomet. Douze seulement acceptèrent. Leurs dessins, signés (certains dessins sont critiques, d’autres non), parurent le 30 septembre 2005, sous le titre "Les Douze visages de Mahomet", c’est-à-dire cinq mois avant que l’affaire n’éclate dans le monde musulman et en Europe.

Initiateur de l’opération, Flemming Rose, chef de service culture du Jyllands-Posts, accompagne les caricatures d’un article alarmiste déplorant la frilosité grandissante des intellectuels danois, frilosité mise en évidence à plusieurs occasions et due à une campagne de terreur psychologique et physique orchestrée par les islamistes du Nord de l’Europe depuis l’assassinat de Théo Van Gogh: la même semaine en effet, une série d’évènement inquiétants n’ont cessé de confirmer la naissance d’une autocensure islamique : l’anonymat exigé par les traducteurs de la parlementaire musulmane libérale néerlandaise menacée de mort, Ayaan Hirsi Ali, dont la lutte contre les dérives de l’Islam est le cheval de bataille ; le retrait de l’un des tableaux d’une exposition par un musée inquiet des " réactions " des leaders musulmans ; ou même les fortes pressions exercées par un Imam sur un ministre afin que ce dernier exige des médias qu’ils donnent une " image plus positive de l’Islam ", etc. Flemming Rose conclue ainsi son article : " nous sommes sur une pente glissante, personne ne peut prédire où l’autocensure peut nous mener ".

Pour récapituler brièvement, la plus controversée des caricatures représentait le turban de Mahomet en forme de bombe à la mèche allumée. Un autre représente Mahomet s’adressant à des kamikazes qui arrivent au paradis à la queue leu-leu : "Arrêtez-vous! Arrêtez-vous! Nous sommes à court de vierges !"Un autre dépeignant Mahomet, avec le croissant comme auréole : ange ou démon ?; un autre encore dépeignant Mahomet, la barbe hirsute et les yeux masqués par une barre noire, puisque l’on n’a pas le droit de représenter son visage, garde deux femmes voilées, le poignard à la main ; un autre enfin où Mahomet fait signe de s’arrêter à deux terroristes musulmans sur le point d’attaquer : "Du calme, mes amis, ce n’est qu’un dessin fait par un Danois incroyant...".

Face à la publication des douze dessins, des associations musulmanes manifestent leur indignation et se déclarent " insultés ". Le 30 septembre 2005 : plusieurs leaders musulmans du Danemark à tendance intégriste exigent le retrait des dessins. Le 9 octobre, la Société Islamique du Danemark, dirigé par l’imam Abu Laban, proche des Frères musulmans égyptiens, syriens et libanais, exige des " excuses " et le retrait des dessins.

Le 14 octobre, 3 500 musulmans manifestent devant les bureaux du Jyllands-Posten. Toujours pas de retrait et d’excuses. Etonnamment, le 17 octobre, un journal égyptien publie les caricatures du Jyllands-Posten sans que cela ne déclenche une quelconque polémique ou réaction violente dans le monde musulman. Ceci en pleine période de Ramadan. Aucune protestation officielle n’est émise par les représentants égyptiens de l’Islam, pas plus que par l’Etat Egyptien, contre le journal danois Jyllands-Posts, ni même contre le Danemark. Indifférence qui va augmenter la colère des Islamistes danois, décidés à en rajouter et à tout faire pour mettre les Etats musulmans d’origine en porte-à-faux, notamment via la saisine des autorités religieuses, des structures des Frères musulmans à l’étranger et des grandes organisations islamiques pilotées par l’Arabie saoudite et l’Egypte (Organisation de la Conférence islamique ; Ligue arabe, Congrès du Monde Musulman, etc).

Le contexte égyptien et international " favorables "

Un premier événement " favorable " tombe à point nommé pour les Imams danois désireux de sensibiliser les Islamistes égyptiens : le 21 Octobre, en Egypte, des pogromes antichrétiens sont déclenchés sur fond de campagne électorale donnant les Frères Musulmans parmi les vainqueurs des législatives. Or c’est déjà une histoire de " blasphème " qui est à l’origine des pogroms anti-Coptes survenus principalement à Alexandrie. En effet, les milliers d’émeutiers qui ont attaqué le quartier chrétien, saccagé églises et commerces, poignardé des religieux, dont une nonne décédée depuis, tout en menaçant le patriarche copte de mort, ont agi en " représailles " de la diffusion d’un soi-disant " DVD blasphématoire " (pièce filmée) qui n’a jamais été produit ni distribué par les Coptes, mais au contraire par des Musulmans. D’après le quotidien Al-Doustour (La Constitution), les évènements dramatiques d’Alexandrie seraient la conséquence des " provocations " de l’église Saint-Georges… Aussi les hebdomadaires El-Midan et Al-Osbou’ ont-ils dénoncé " l’infidélité " des chrétiens d’Egypte, soi-disant " mêlés à un complot mondial anti-arabe " ! Explicite, le rédacteur en chef d’Al-Ousbou’, Moustafa Bakri, écrivait: " certains traîtres de la diaspora copte complotent avec les sionistes et la CIA dans le but d’expulser les musulmans de leurs terres ".

Plus soucieux " d’islamophobie " que de haine anti-chrétienne, les médias français et européens ont été fort silencieux sur cette affaire, évoquant à peine les "agitations interreligieuses", comme si les bourreaux islamistes étaient à mettre sur le même plan que les victimes chrétiennes minoritaires...

Concurrence sunnito-chiite sur le marché de la haine anti-occidentale et anti-juive

En réalité, le " but de guerre " réel des Etats et organisations islamiques " indignées " par les caricatures et qui sont à l’origine directe de l’embrasement mondial actuel, s’inscrit dans le cadre d’une stratégie de conquête et d’intimidation orchestrée depuis plusieurs décennies par les cinq grands pôles mondiaux de la réislamisation radicale : (Frères Musulmans, Pakistan ; Salafisme-Wahhabisme saoudien-OCI ; Iran et confréries islamistes turcophones) décidés à conquérir l’Europe et islamiser à terme l’Occident. Or bien qu’étant divisés politiquement, ethniquement et parfois théologiquement, ces différents acteurs de la réislamisation n’en partagent pas moins une haine commune et convergente envers les " Juifs, les Croisés et les Mécréants ", " le monde de l’impiété étant réputé Un " (Millatun kufru Wahida). Aussi ces divisions-concurrences (Fitna) existant au sein de la Oumma n’ont-elles fait qu’accroitre la haine anti-occidentale dans le cadre d’une véritable compétition, d’une course à la surenchère prosélyte et revancharde. D’où les amalgames Juifs-sionistes=Danois=Anti-musulmans=Europe=Américains=Chrétiens arabes, etc, d’où les plasticages d’églises chrétiens au Pakistan, en Irak ou en Egypte, voire l’assassinat d’un prêtre catholique en Turquie, et d’où la régression théocratique observable au sein des mentalités publiques musulmanes, au nom du " retour " à la " vraie solution " : l’islamisme, qui apparaît plus que jamais comme la seule idéologie non " contaminée par les colonisateurs judéo-chrétiens " et capable d’offrir une alternative aux dictatures arabes corrompues, elles-mêmes supposées " imposées " par " l’Impérialisme occidental " et les é " Judéo-Croisés " (Al Yahoud wa’l Salibiyoun).

C’est dans le cadre de cet embrasement général et de cette fanatisation anti-occidentale croissante sur fond d’enlisement américain en Irak, de nucléarisation de l’Iran des Pasdarans et d’endiguement de la Syrie, que le très fanatique président iranien Mahmoud Ahmadinéjad, non content que les Occidentaux aient besoin de lui en Irak pour calmer les Chiites et si heureux des succès électoraux des Chiites irakien et libanais, puis des protégés sunnites palestiniens du Hamas, s’est à son tour saisi de l’affaire des caricatures. Son but : démontrer une fois de plus ses capacités de mobilisation et de nuisance face aux " pressions " euro-occidentales ou " américano-sionistes " et à ses concurrents sunnites arabes. D’où l’accusation totalement folle et fallacieuse consistant à accuser (une fois de plus !) les Juifs " sionistes " d’être à l’origine des caricatures, d’où aussi le concours lancé à Téhéran récompensant les meilleures caricatures de la Shoah et des Juifs en réponse à " l’offense " faite à " Un milliard trois cent mille Musulmans " dans le monde…

La " Tournée " des Imams danois en pays arabes ou la désinformation scientifique

C’est dans ce contexte, entre novembre et décembre 2005, qu’une délégation d’Imams et islamistes du Danemark proches des Frères musulmans égyptiens et palestiniens effectue une " tournée " des pays arabo-musulmans afin d’internationaliser une affaire interne, ceci dans le cadre d’une véritable Stratégie d’intimidation, d’un véritable plan d’Attaque contre les valeurs occidentales et les faibles démocraties européennes.

La délégation d’Imams Danois de La Société Islamique du Danemark se rend tout d’abord en Egypte, destination privilégiée où les Frères Musulmans ont remporté 88 sièges lors des dernières législatives et où règne un climat pré-insurrectionnel sur fond de pogroms anti-chrétiens ; puis au Liban et en Syrie, avant de passer par les territoires palestiniens. Les Imams sont furieux de constater qu’au Danemark, la publication des caricatures, tout comme les protestations officielles d’une dizaine d’ambassadeurs de pays arabes, ont laissé dans un premier temps de marbre le Premier Ministre, Anders Fogh Rasmussen. Emmenée par Imam Ahmad Abu Laban, Akhmad Akkari, Rais Huleyhel, la délégation d’imams intégristes danois entend obtenir sa revanche au Caire, cœur des médias du monde arabe et pays qui abrite (Al Azhar) l’une des plus grandes autorités mondiales du Sunnisme, le Cheikh Tantaoui. Les Imams danois exhibent partout un terrifiant dossier de 43 pages présentant au public musulman non seulement les 12 caricatures du journal danois, mais y ajoutant toute sorte de photos glauques et autres dessins bien plus choquant, voire totalement truqués et visant à provoquer une indignation extrême des interlocuteurs arabo-musulmans déjà remontés contre les Etats-Unis et l’Europe suite à l’affaire iranienne et à l’enlisement en Irak.

Se retrouvent pêle-mêle dans ce dossier des dessins produits par certains groupuscules danois trouvés sur internet, et même la photo d’un Français barbu doté d’un groin et d’oreilles porcines en plastique, qui avait gagné un concours annuel d’imitation du cochon en Auvergne, mais qui sera présenté par les Imams manipulateurs comme un blasphèmateur islamophobe singeant le Prophète… Trois croquis obscènes à forte connotation pédophile et zoophile sont même ajoutés au dossier, histoire d’envenimer un peu plus les choses et de fanatiser les interlocuteurs horrifiés par la " décadence " et " l’impiété " occidentale. Parfaitement rompus aux techniques de manipulation et de relations publiques, les Imams munis de cette véritable bombe à retardement, rencontrent successivement, lors de leur tournée:

- le Grand Mufti d’Egyte ; Cheikh Mohammed Sayed Tantawi ;
- Amr Moussa, secrétaire Général de la Ligue Arabe, basée au Caire ;
- le ministre des affaires étrangères d’Egypre ;
- Le Grand Mufti du Liban Muhammad Rashid Kabbani, etc
- plusieurs responsables des Frères Musulmans ;
- le chef chiite libanais Cheikh Muhammad Hussein Fadlallah ;
- le leader patriarche maronite du Liban Nasrallah Sfeir ;
- le Grand Mufti de Syrie Cheik Ahmed Badr-Eddine Hassoun.

La stratégie de l’intimidation

A partir de ce moment, l’indignation internationale islamique se met en marche aux termes d’une véritable Guerre des représentations. Scandalisé, le Ministre des Affaires étrangères d’Egypte, Ahmed Abou Gheït, lequel s’était déjà singularisé en défendant devant l’ONU quelques temps plus tôt un projet de résolution visant à interdire toute " attaque contre les religions ", dénonce l’horrible " scandale " et adresse immédiatement une lettre au secrétaire général de l’ONU puis à la Ligue arabe. Quant au Cheikh Tantaoui, chef suprême de l’Islam égyptien et de l’Université sunnite d’Al Azhar, il est tout d’abord prudent mais est contraint lui aussi de durcir le ton afin de ne pas être débordé par les islamistes qui exigent " réparation ". Le 2 novembre 2005, le ministre des affaires étrangères libanais rencontre l’ambassadeur d’Egypte au Liban pour réfléchir aux " mesures à prendre contre le Danemark ". Le 8 décembre 2005, le Sommet islamique à La Mecque (Arabie saoudite) évoque officiellement le sujet des caricatures qui commence à faire du bruit. Le 29 décembre 2005, les ministres des pays arabes se réunissent au siège de la Ligue Arabe, au Caire, critiquant solennellement " l’Inaction du gouvernement danois ".

Dès le 27 janvier, l’intensité monte encore d’un cran : en marge du forum de Davos, l’Arabie saoudite décrète le boycott général de tous les produits danois, tandis que le gouvernement égyptien est en proie à une protestation populaire grandissante, laquelle ne tarde pas à rejaillir sur la Palestine voisine, elle aussi " travaillée " par les Frères musulmans, eux aussi vainqueurs des dernières élections (Hamas). Au Parlement égyptien, les Frères musulmans exigent de Moubarak la rupture des relations diplomatiques avec le Danemark et la Norvège, démarche reprise par la Fédération égyptienne des Chambres de Commerce, qui exige le boycott général, mesure désormais préconisée également par le Grand Mufti d’Al Azhar qui fustige " les pays qui salissent l’Islam et le Prophète "…

En janvier-février, soit quatre mois après la publication danoise initiale, émeutes, manifestations et protestations officielles sont déclenchées et orchestrées un peu partout dans le monde arabo-musulman. L’embrasement est global, planétaire. Et il prend chaque jour de l’ampleur. L’Affaire rivalise désormais avec celle des Versets Sataniques et est l’occasion des mêmes surenchères entre différents Etats ou organisations islamiques concurrents sur le marché mondial de la haine anti-occidentale (Pakistan, Syrie, Iran, Hamas, Hezbollah, etc) et pour le leadership de l’Islamisme (Arabie saoudite, Egypte, Iran, Koweït, Turquie). De Gaza à Karachi, des drapeaux danois, européens, français ou norvégiens sont brûlés. Des émeutes provoquent des morts au Pakistan. Des ambassades européennes sont prises d’assaut au Proche-Orient, sur fond de controverse autour de la suspension éventuelle du financement occidental de l’Autorité palestinienne.

En réalité, cette colère "mondialisée" est l’aboutissement d’une campagne menée comme une opération militaire. Son objectif n’est autre que répandre la terreur en Europe par le biais d’une nouvelle puissance globale diffuse – les fameux " Un milliard trois cent mille Musulmans composant la Oumma)- capable de contraindre l’Occident à se plier à ses exigences et règles. L’affaire des caricatures est en réalité tombée à point nommé : le but de guerre direct escompté est ici d’obtenir des autorités européennes et des médias occidentaux le désaveu d’un droit élémentaire en démocratie: celui de la critique des religions, fût-elle de mauvais goût ou même méchante.

L’arrière plan de l’affaire : Introduire la Charià dans les législations internationales

En fait, " l’affaire des caricatures " a été préparée savamment et scientifiquement pendant des mois par les islamistes danois qui ont " travaillé " les Etats musulmans et organisations islamiques dans l’objectif final de faire entrer dans le droit "international" et les législations nationales l’interdiction de changer de religion et de blasphémer, en attendant une application plus grande encore de la Charià. Ce qui arrive aujourd’hui avec les caricatures n’est que l’un des "cas pratiques", un prétexte tombé à point nommer et destiné à susciter les scandales médiatico-politiques afin de faire aboutir les revendications liberticides et pro-Charià. La stratégie adoptée et les buts poursuivis par les Imams et Etats islamiques " indignés " vise, sous couvert de faire "respecter l’islam ", à imposer leur vision du religieux au reste de la planète et donc aux Infidèles. Aussi le seul fait de ne pas se soumettre apparaît-il en soi aux intégristes islamiques comme un manque de "respect", une " provocation ". Les images effrayantes de foule pogromisant les consulats danois sont là pour faire comprendre le message.

Il convient d’ailleurs de rappeler au public non averti que l’affaire des caricatures de Mahomet s’inscrit depuis des décennies dans le cadre d’une politique de longue haleine et d’efforts déployés par les Etats et organisations panislamiques visant à faire entrer dans le droit "international" et national l’interdit de changer de religion et l’interdit de blasphémer, préludes à l’application de toute ou partie de la Charià au sein des communautés islamiques d’Europe, de plus en plus homogènes et ghéttoisées de façon volontaire par les islamistes afin d’empêcher toute intégration des " Jeunes " musulmans aux valeurs " impies " des sociétés d’accueil. A cet égard, des organisations de défense des droits de l’Homme et des femmes ont bien décrit et déploré ces tentatives en direction de l’ONU (voir étude du droit international et européen effectuée par l’organisation française féministe CERF ; http://www.c-e-r-f.org/face_aux_obscurantismes.htm; http://www.c-e-r-f.org/fao-103.htm). Rappelons que l’ONU vote régulièrement des résolution contre l ‘ " islamophobie " : en mars 2004, à l’ONU le rapporteur d’une étude sur le racisme estime qu’il y a pire qu’attaquer les musulmans : attaquer l’islam lui-même ; en juin 2004, la Turquie accueille les représentants de l’ensemble des Etats " islamiques ", l’OCI, qui tance l’Union européenne pour avoir critiqué des " peines instituées par la Charia ", dont la lapidation...

Les caricatures en questions et la tradition musulmane

Face aux excuses finalement présentées par le Danemark, et même par le Jyllands-Posten, sans oublier l’Union européenne, excuses exigées par l’Organisation de la Conférence islamique, la Ligue arabe et la plupart des Etats musulmans, il est bon de rappeler quelques faits peu connus attestant que des Musulmans et des Etats musulmans ont pratiqué dans le passé et jusqu’à aujourd’hui des formes de caricatures et de blasphème bien plus radicales que celles du Danemark sans qu’il n’y eût ce type de réactions convulsives.

Directeur de la revue Islam de France, le Français converti à l’Islam Michel Renard, mais aussi le penseur tunisien Abdel Wahhab Medeb, ont rappelé que le dénigrement du Prophète est aussi vieux que le début de son action. Le Coran lui-même mentionne souvent les outrages verbaux subis par "l’Envoyé de Dieu". Celui-ci a été traité de " menteur " ("Ils vont jusqu’à dire : un fagot de songes ! Encore les a-t-il inventés", XXI, 5) ; de " faussaire " ("Les dénégateurs ont dit : Ce n’est là que mystification, qu’il combine en se faisant aider par un groupe d’autres gens", XXV, 4) ; " d’apocryphe " ("Vont-ils prétendre que c’est de sa part discours d’apocryphe ?", LII, 33) ; de " fou " ("votre compagnon ne s’égare ni n’est fol", LIII, 2), etc. Aussi la Tradition islamique préconise-t-elle au musulman pieux de s’en remettre à Dieu de laver l’affront, le cas échéant.

Certes, les nouveaux censeurs de " l’Islamophobie " répètent à l’envi que l’islam "interdit" toute représentation du Prophète. Or si cette tradition a bel et bien été dominante dans la pensée musulmane, l’interdiction de la représentation du Prophète (qui n’a rien à voir avec celle bien réelle de Dieu), n’a jamais été une prohibition iconoclaste (lire l’article de Pierre Lory paru dans Discours psychanalytique 2, octobre 1989), mais plutôt un usage fortement ancré.

Parallèlement, il existe bel et bien en Islam toute une tradition artistique, en particulier d’origine persane et ottomane, qui a " maintes fois représenté le Prophète, que cela soit avec le visage voilé et ceint de la mandorle (flamme de sacralité) ou avec des traits proprement humains. Cet héritage pictural est partie incontestable de la conscience musulmane et de sa sensibilité artistique ", rappelle Michel Renard. En réalité, l’affaire du blasphème et des caricatures danoises, tout comme jadis celles des Versets sataniques, s’inscrit dans le contexte d’une Stratégie d’intimidation de l’Occident et de conquête, reposant sur la victimisation et les scandales médiatiques. Le " rôle de la victime permet en effet aux fondamentalistes de drainer autour d’eux un capital de sympathie basé sur la "défense de la Oumma assiégée", explique M. Renard. " Ce qui me gêne dans la réaction outrée de certains militants musulmans aujourd’hui, poursuit le penseur musulman français, c’est justement son côté unilatéral. Ils se disent blessés dans leurs convictions. D’accord. Ils parlent de "véritable déclaration de guerre à l’islam". Mais quand un Zarkaoui égorge un captif, à genoux et les mains liés, devant une caméra qui diffuse ces images insoutenables sur internet, n’est-ce pas là une "véritable déclaration de guerre" contre un islam qualifié par ces mêmes militants de "religion de paix" ? N’est-ce pas ce genre de geste qui répand largement la "haine" contre les musulmans ? Où sont alors les communiqués de condamnations ? Où sont les rassemblements après la prière du vendredi ? Où sont les cris de colère ???

Tester les réactions européennes

En conclusions, l’affaire des caricatures de Mahomet est à replacer dans le contexte global d’une stratégie de conquête et d’intimidation mise en œuvre par les grands pôles mondiaux du Totalitarisme islamiste et dont les " Buts de Guerre " sont :

1/ la réislamisation des pays musulmans " apostats ", laïques et/ou " pro-occidentaux " " ;

2/ l’instrumentalisation de la présence islamique immigrée croissante en Europe dans le but d’exercer des pressions et un véritable droit d’ingérence sur les politiques étrangères des pays d’accueil (Irak, Afghanistan, Israël, Turquie, etc), et sur les politiques nationales en matière d’Islam et d’immigration. Le but est ici d’obliger les démocraties occidentales et européennes à encourager de plus en plus la progression de l’Islam au nom du " communautarisme ", du " droit à la différence ", de " l’antiracisme " et de la " lutte contre l’islamophobie " détournés de leurs fondements originels et dévoyés en vecteur de conquête islamique.

En réalité, l’affaire des caricatures est arrivée à point nommé comme une nouvelle occasion de " tester " les faiblesses et les potentialités réactives de l’Europe culpabilisée, affaiblie psychologiquement, vieillie et terrifiée par la violence islamiste. D’où les demandes " d’excuses " de la Ligue arabe, du Congrès du Monde musulman et de l’Organisation de la Conférence islamique exigeant des Occidentaux et des anciens colonisateurs européens qu’ils se soumettent… Islam ne veut-il pas dire soumission ?

Comme on le constate chaque jour, la " tentation néo-obsurantiste " et " néo-munichoise " de l’Europe visant à céder aux exigences et aux menaces islamistes ne font qu’accentuer chez les adeptes du totalitarisme islamiste la représentation méprisante d’une Vieille Europe déclinante, déchristianisée, sans valeurs fermes et atteinte du " syndrome de Stockholm généralisé ", phénomène psychologique de soumission volontaire et de peur qui pousse à défendre son bourreau éventuel ou réel que Bat Yé’Or a nommé, pour ce qui concerne l’Islam, la nouvelle " Dhimmitude ", en référence au statut d’infériorité et d’humiliation des Chrétiens en Terre d’Islam. Devenue " Dhimmie volontaire ", l’Europe semble ainsi prête à toutes les faiblesses et à tous les reniements pour " calmer la colère " grandissante des Etats ou organisations islamistes…

* Alexandre del Valle, géopolitologue, est notamment l’auteur de l’essai " Le totalitarisme islamiste à l’assaut des démocraties ", et du " Dilemme turc, les Vrais enjeux de la candidature d’Ankara", paru aux éditions des Syrtes.

(1) Michel Renard, directeur de l’ex-revue Islam de France, 6 février 2006, samidzat, internet.


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